bulletin 2/2014

Un podium féminin

Par Marina Kaempf, chargée de communication de la FEPS et responsable du projet Prix suisse de la prédication depuis août 2014.

Le Prix suisse de la prédication 2014, premier du genre, a désigné ses lauréats : quinze gagnants dont les textes ont été choisis parmi les 245 envoyés à la Fédération des Eglises protestantes de Suisse (FEPS) pour figurer dans l’ouvrage « Prédications – un best of protestant » qui paraît ce 3 novembre. En tête du palmarès de cette première édition: trois femmes.

Isabelle Ott-Baechler, pasteure à Neuchâtel remporte la première place de la catégorie français-italien pour « Ne pas arracher l’ivraie … », Caroline Schröder Field, pasteure de la cathédrale de Bâle, celle de la catégorie allemand-romanche pour « Elie dans le désert ». Le Prix spécial du jury est décerné à Manuela Liechti-Genge, pasteure alémanique de Porrentruy (JU), pour sa prédication radiophonique sur la Samaritaine.

Prix suisse de la prédication

Que les trois premières places de ce premier Prix suisse de la prédication, lancé à l’automne 2013 par la FEPS, soient occupées exclusivement par des femmes est une excellente nouvelle pour Niklaus Peter, président du jury alémanique : « Les textes que le jury a reçus ont été anonymisés. Lorsque j’ai appris la nouvelle, je me suis sincèrement réjoui. L’Eglise protestante est l’une des rares à ouvrir la prédication aux femmes. Le palmarès de notre prix montre que les prédicatrices sont une richesse et une force pour notre Eglise. » « Dans un premier temps, cela m’a surpris », reconnaît pour sa part Line Dépraz, présidente du jury francophone. La pasteure lausannoise se réjouit toutefois qu’ici, les quotas soient inutiles : « les prédicatrices se sont imposées d’elles-mêmes et, en tant que femme, j’en suis plutôt fière ».

Transmettre ce qui fait vibrer

L’objectif du Prix suisse de la prédication n’est pas de favoriser la concurrence, mais d’encourager les quelque deux mille prédicateurs qui montent en chaire chaque dimanche en Suisse, d’honorer et de mettre en lumière leur travail, rappelle Gottfried Locher, président du Conseil de la FEPS. « A travers les mots du prédicateur, Dieu lui-même interpelle l’être humain. C’est pourquoi, aujourd’hui, plus que jamais peut-être, la prédication est une chance pour les Eglises et pour la société ». De ces convictions sont nés le Prix et le petit recueil qui l’accompagne : quinze prédications soigneusement sélectionnées par deux jurys pour leur solidité exégétique, leur force rhétorique, leur consistance théologique et leur portée existentielle. La sélection des textes primés ne s’est donc pas faite au gré des envies et coups de coeur des jurés. « On ne peut pas juger l’inspiration, mais la manière dont la personne la traduit », souligne Line Dépraz.

L’évaluation des prédications mises au concours – un travail bénévole et de longue haleine pour le jury qui a reçu 181 prédications en allemand, 58 en français, quatre en italien et deux en romanche – s’est révélée une tâche réjouissante, souligne Niklaus Peter dans son introduction à l’ouvrage « Prédications – un best of protestant ». « Le plus difficile a été de n’en retenir que quinze à primer ! »

Cet amour des prédicateurs protestants pour leur métier, le jury francophone l’a également relevé, comme l’évoque Line Dépraz : « Des mots précis, un ton particulier, des images choisies pour éveiller la réflexion sont autant d’indices qui traduisent la passion des prédicateurs réformés pour la communication. L’irrésistible envie, voire le besoin, de transmettre à d’autres ce qui les fonde, les nourrit, les fait vibrer, donne sens à leur vie. »

Trois tendances actuelles

A la lecture des prédications soumises à son expertise, le jury français et italien a pu mettre plusieurs tendances en lumière. Tout d’abord, l’attention « tout à fait remarquable » que les prédicateurs portent à leur public, qu’ils soient paroissiens traditionnels, familles, jeunes, personnes handicapées, prisonniers, malades ou auditeurs par le biais des ondes, ils sont tous rejoints par le prédicateur. En revanche, l’analyse historico-critique ne paraît plus avoir le vent en poupe : de nombreux prédicateurs ont transposé leur analyse ou la compréhension du texte biblique sans mettre en avant la médiation historique ou culturelle. La présidente du jury regrette cette évolution car « sans contexte, on peut faire dire n’importe quoi à n’importe quel passage biblique ».

Les deux jurys relèvent une troisième tendance : les textes transposent de façon très intéressante la portée socio-politique pour les auditeurs d’aujourd’hui du message biblique, un tour de force qu’a remarquablement réussi Isabelle Ott-Baechler, la lauréate du prix francophone. « Des zélateurs de l’époque de Jésus aux politiciens d’aujourd’hui, le lien est admirablement tissé sans pour autant exclure l’auditeur lambda . » Cette prédication est un témoignage remarquable au sein d’une société qui se sécularise et se laïcise toujours plus, quand bien même un nombre croissant de nos contemporains sont en quête de spiritualité, note Line Dépraz.

La prédication sur « Elie dans le désert » de Caroline Schröder Field a pour sa part impressionné le jury par la clarté de la ligne narrative, la précision théologique et la profondeur pastorale de son texte. « Prêcher ne signifie pas donner un cours sur un texte biblique, mais transmettre sa puissance narrative, s’attarder sur les images qu’il propose, rendre visibles la profondeur et la force qu’il transmet et en dégager l’utilité pour les expériences de la vie », souligne Niklaus Peter. La lauréate du Prix spécial du jury, Manuela Liechti-Genge, l’a fait d’une manière exemplaire dans sa prédication sur la rencontre au puits entre Jésus et la Samaritaine.

L’un des objectifs du Prix suisse de la prédication était de donner une visibilité à la vivacité de la culture de la prédication en territoire helvétique. Les textes envoyés n’en représentent certes qu’une facette, ce qui n’a pas empêché les membres du jury d’être impressionnés par la diversité des voix, la qualité et la passion avec laquelle on prêche en Suisse, conclut Niklaus Peter.