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CR 10 : Catéchsime de Genève

Français ancien

 

En français moderne (version 1542)

I. De la Foi (1-131)

1er Dimanche

1 Question: Quelle est la principale fin de la vie humaine?


Reponse: C’est de connaître Dieu.

2 Q: Pourquoi cela?

R: Parce que Dieu nous a créés et mis au monde pour être glorifié en nous. Et il est bien raisonnable que, puisqu’il est l’auteur et le principe de notre vie, nous la rapportions toute à sa gloire.

3 Q: Quel est le souverain bien des hommes?

R: Cela même.

4 Q: Pourquoi l’appelez-vous le souverain bien?

R: Parce que, sans cela, notre condition serait plus malheureuse que celle des bêtes.

5 Q: Nous voyons donc, par là, qu’il n’y a point de malheur si grand que de ne vivre pas selon Dieu?

R: Il est vrai.

6 Q: Mais quelle est la vraie et droite connaissance de Dieu?

R: C’est de le connaître pour l’honorer.

7 Q: Quelle est la manière de le bien honorer?

R: C’est que nous mettions toute notre confiance en lui; que nous le servions, en obéissant à sa volonté; que nous l’invoquions dans toutes nos nécessités, cherchant en lui notre salut et notre bonheur; et qu’enfin, nous reconnaissions du cœur et de la bouche, que toutes sortes de biens viennent de lui seul.


2ème Dimanche

8 Q: Pour expliquer les choses par ordre, et les exposer plus au long, quel est le premier point?

R: C’est d’avoir notre confiance en Dieu.

9 Q: Que faut-il pour cela?

R: Premièrement le connaître tout-puissant et tout-bon.

10 Q: Cela suffit-il?

R: Non.

11 Q: Pourquoi?

R: Parce que nous ne sommes pas dignes que Dieu déploie sa puissance pour nous aider, ni qu’il use de sa bonté envers nous.

12 Q: Que faut-il donc de plus?

R: Que nous nous tenions assurés qu’il nous aime, et qu’il veut être notre Père et notre Sauveur.

13 Q: Comment connaissons-nous cela?

R: Par sa Parole, dans laquelle il nous déclare sa miséricorde en Jésus-Christ, et nous assure de sa dilection envers nous.

14 Q: Le fondement donc, pour avoir une vraie confiance en Dieu, c’est de le connaître en Jésus-Christ?

R: Oui.

15 Q: Quels sont les principaux articles de cette connaissance?

R: Ils sont compris dans la confession de foi, que font tous les chrétiens, qu’on appelle communément le Symbole des Apôtres; parce que c’est un abrégé de la vraie créance qu’on a toujours reçue dans les églises chrétiennes, et qui est tirée de la pure doctrine apostolique.

16 Q: Récitez le Symbole.

R: Je crois en Dieu, le Père tout-puissant, Créateur du ciel et de la terre; et en Jésus- Christ son Fils unique, notre Seigneur, qui a été conçu du Saint-Esprit; est né de la Vierge Marie; il a souffert sous Ponce-Pilate; il a été crucifié; il est mort et a été enseveli; il est descendu aux enfers; le troisième jour il est ressuscité des morts; il est monté aux cieux; il s’est assis à la droite de Dieu le Père tout-puissant; et de là il viendra pour juger les vivants et les morts. Je crois au Saint-Esprit. Je crois la sainte Eglise universelle ; la communion des saints; la rémission des péchés; la résurrection de la chair; et la vie éternelle. Amen.


3ème Dimanche

17 Q: Pour expliquer cette confession en détail, en combien de parties la diviserons-nous?<

R: En quatre principales.

18 Q: Quelles?

R: La première sera de Dieu le Père; la seconde, de son Fils Jésus-Christ, dans laquelle est récitée toute l’histoire de notre rédemption; la troisième, du Saint-Esprit; la quatrième, de l’Eglise, et des grâces de Dieu envers elle.

19 Q: Puisqu’il n’y a qu’un Dieu, pourquoi parlez-vous de trois, le Père, le Fils et le Saint- Esprit?

R: Parce qu’en une seule essence divine, nous avons à considérer le Père, comme le commencement et l’origine ou la cause première de toutes choses; son Fils, qui est sa Sagesse éternelle; le Saint-Esprit, qui est sa vertu et sa puissance, répandue sur toutes les créatures et qui néanmoins réside toujours en lui.

20 Q: Par là, vous voulez dire qu’il n’y a aucun inconvénient, qu’en une même Divinité, nous concevions distinctement trois personnes; et que pourtant Dieu n’est pas divisé?

R: C’est la vérité.

21 Q: Récitez la première partie du Symbole.

R: Je crois en Dieu, le Père tout-puissant, Créateur du ciel et de la terre.

22 Q: Pourquoi le nommez-vous Père?

R: C’est à l’égard de Jésus-Christ, qui est la Parole éternelle, engendrée de lui avant les siècles; et qui ayant été manifesté au monde, a été reconnu et déclaré son Fils. Mais, en tant que Dieu est Père de Jésus- Christ, il suit de là qu’il est aussi le nôtre.

23 Q: Comment entendez-vous que Dieu est tout-puissant?

R: Ce n’est pas qu’il ait seulement ce pouvoir, sans l’exercer: mais c’est qu’il a toutes les créatures sous sa main et dans sa dépendance; qu’il conduit toutes choses par sa providence; qu’il gouverne le monde par sa volonté; et qu’enfin il dirige, comme bon lui semble, tout ce qui se fait.

24 Q: Cela supposé, la puissance de Dieu n’est donc pas oisive en lui, mais elle emporte quelque chose de plus: c’est-à-dire, qu’il a toujours la main à l’œuvre, et que rien ne se fait que par lui, avec sa permission, et par son ordre?

R: C’est cela même.


4ème Dimanche

25 Q: Pourquoi ajoutez-vous que Dieu est le Créateur du ciel et de la terre?

R: Puisqu’il s’est manifesté à nous par ses œuvres, il faut bien que nous le cherchions en elles; car notre esprit n’est pas capable de comprendre son essence. Et le monde nous est comme un miroir, dans lequel nous le pouvons contempler, de la manière dont il nous est nécessaire de le connaître.

26 Q: Quand vous dites le ciel et la terre, n’entendez-vous pas aussi le reste des créatures?

R: Sans doute: car elles sont comprises sous ces deux mots, parce que toutes les créatures sont célestes ou terrestres.

27 Q: Pourquoi appelez-vous Dieu, seulement Créateur, puisqu’entretenir et conserver toujours les créatures dans leur état, est beaucoup plus que de les avoir une fois créées?

R: C’est que cette expression ne signifie pas que Dieu n’ait fait que donner l’être à ses créatures, et qu’après il les ait abandonnées, sans en prendre plus aucun soin. Mais il faut entendre que, comme le monde a été fait par lui au commencement, aussi maintenant il l’entretient dans le même état; de sorte que le ciel, la terre, et toutes les créatures, ne subsistent dans leur être que par sa vertu. De plus, Dieu tenant ainsi toutes choses dans sa main, il s’ensuit qu’il en a le gouvernement, et qu’il en est le Maître. Ainsi, comme il est le Créateur du ciel et de la terre, c’est lui qui conduit, par sa bonté, par sa vertu, et par sa sagesse, tout l’ordre de la nature; qui envoie la pluie et la sécheresse, les grêles, les tempêtes et le beau temps, la fertilité et la stérilité, la santé et les maladies; et qui, en un mot, a toutes choses à son commandement, pour s’en servir comme il lui plaît.

28 Q: Les démons et les hommes méchants ne sont-ils pas aussi soumis à son empire?

R: Quoique Dieu ne les conduise pas par son Saint-Esprit, il ne laisse pas de les tenir en bride, de sorte qu’ils ne peuvent agir, qu’autant qu’il le leur permet; et même, il les contraint d’exécuter sa volonté, bien que ce soit contre leur intention, et contre leur dessein.

29 Q: Quel usage retirez-vous de cette connaissance?

R: C’est que ce serait un grand mal, si les démons et les méchants avaient le pouvoir de faire quelque chose, malgré la volonté de Dieu. Nous ne pourrions jamais avoir de repos dans notre conscience, étant en un danger perpétuel de leur part. Mais sachant que Dieu les tient en bride, en sorte qu’ils ne peuvent rien que par sa permission, cela nous met en repos, et nous réjouit, parce que Dieu promet d’être notre protecteur et de nous défendre.


5ème Dimanche

30 Q: Venons maintenant à la seconde partie du Symbole.

R: Et en Jésus-Christ son Fils.

31 Q: Que contient-elle en substance?

R: Elle nous apprend que le Fils de Dieu est notre Sauveur, et elle nous explique le moyen par lequel Dieu nous a délivrés de la mort, et nous a acquis le salut.

32 Q: Que signifie ce nom de Jésus?

R: Sauveur; nom que l’ange lui a imposé, par le commandement de Dieu.

33 Q: Cela dit-il plus que si Notre-Seigneur eût reçu ce nom de la bouche des hommes?

R: Sans doute, car puisque Dieu veut que Notre-Seigneur soit appelé de ce nom de Sauveur, il faut qu’il le soit véritablement.

34 Q: Que veut dire encore le nom de Christ?

R: Il signifie oint, et ce titre déclare encore mieux son office; c’est-à-dire, que Jésus a été oint par le Père céleste, pour être établi roi, sacrificateur et prophète.

35 Q: Comment savez-vous cela?

R: Parce que, suivant l’Ecriture sainte, l’onction doit servir à ces trois choses; et aussi lui sont-elles attribuées plusieurs fois.

36 Q: Mais de quelle sorte d’huile a-t-il été oint?

R: Ce n’a pas été d’une huile visible, comme celle dont on oignait autrefois les rois, les sacrificateurs et les prophètes; mais il a été oint des grâces du Saint-Esprit, qui sont la vérité de cette onction extérieure, qui se faisait anciennement.

37 Q: Quel est ce royaume dont vous parlez?

R: Il est spirituel, et consiste dans la Parole et dans l’Esprit de Dieu, lesquels communiquent la justice et la vie.

38 Q: Qu’est-ce que la sacrificature de Jésus-Christ?

R: C’est l’office et le droit de se présenter devant Dieu, pour obtenir sa grâce et sa faveur, et pour apaiser sa colère, en lui offrant un sacrifice qui lui soit agréable.

39 Q: Pourquoi appelez-vous Jésus-Christ prophète?

R: Parce qu’en venant au monde, il a été l’envoyé et l’ambassadeur souverain de Dieu son Père, pour déclarer pleinement sa volonté aux hommes, et pour mettre fin à toutes les prophéties et à toutes les révélations.


6ème DIMANCHE

40 Q: Nous revient-il quelque avantage de cela?

R: Tout y tend à notre profit; car Jésus- Christ a reçu tous ces dons pour nous en faire part, afin que nous les recevions de sa plénitude.

41 Q: Expliquez cela plus au long.

R: Jésus-Christ a reçu le Saint-Esprit, avec toutes ses grâces, dans une entière perfection, pour nous les donner et nous les distribuer à chacun, suivant la mesure et la portion que Dieu sait nous être convenables. Et ainsi, nous puisons de lui, comme d’une source féconde, tout ce que nous possédons de biens spirituels.

42 Q: A quoi nous sert la royauté de Jésus-Christ?

R: C’est qu’étant mis en liberté de conscience, par lui-même, et ayant été remplis de ses richesses spirituelles, pour vivre dans la justice et dans la sainteté, nous avons par là le pouvoir de vaincre le diable, le péché, la chair et le monde, qui sont les ennemis de nos âmes.

43 Q: A quoi nous sert sa sacrificature?

R: Premièrement, en tant qu’il est notre Médiateur, pour nous réconcilier avec Dieu son Père; et puis, en ce que, par sou moyen, nous avons aussi accès, pour nous présenter à Dieu, et pour nous offrir à lui en sacrifice, avec tout ce qui procède de nous: en quoi nous sommes compagnons de son sacerdoce.

44 Q: Que dirons-nous de sa prophétie?

R: Puisque l’office de prophète a été donné au Seigneur Jésus, afin qu’il fût le Maître et le Docteur des siens; son but est de nous introduire à la vraie connaissance du Père et de sa vérité, en sorte que nous soyons les disciples domestiques de Dieu.

45 Q: Vous voulez donc conclure que ce titre de Christ comprend trois offices, que Dieu a donnés à son fils, pour en communiquer le fruit et la vertu à ses fidèles?

R: Oui.


7ème Dimanche

46 Q: Pourquoi appelez-vous Jésus-Christ le Fils unique de Dieu, puisque Dieu nous appelle tous ses enfants?

R: C’est que si nous sommes enfants de Dieu, ce n’est pas par nature, mais seulement par adoption et par grâce, en tant que Dieu nous veut réputer tels; au lieu que le Seigneur Jésus, qui est engendré de la substance de son Père, et qui est d’une même essence avec lui, est appelé à bon droit, son Fils unique. Car il n’y a que lui seul, qui le soit par nature.

47 Q: Vous voulez donc dire que cet honneur est propre à Jésus-Christ seul, et qu’il lui appartient naturellement; mais qu’il nous est communiqué gratuitement, en tant que nous sommes ses membres?

R: Oui; et c’est pour cette raison, qu’à l’égard de cette communication, il est dit ailleurs, que Jésus-Christ est le premier né entre plusieurs frères.

48 Q: Que veut dire ce qui suit?

R: Il marque la manière dont le Fils de Dieu a été oint du Père, pour être notre Sauveur, savoir, en prenant notre chair humaine, et en accomplissant les choses nécessaires pour notre rédemption, comme elles sont ici exposées.

49 Q: Que faut-il entendre par ces deux mots, conçu du Saint-Esprit, né de la Vierge Marie?

R: Qu’il a été formé dans le sein de la Vierge Marie, et sa propre substance, pour être la vraie semence de David, comme il avait été prédit; et néanmoins que cela s’est fait par l’opération miraculeuse du Saint-Esprit, sans que l’homme y eût part.

50 Q: Fallait-il donc qu’il revêtit notre propre chair?

R: Oui; parce qu’il fallait que la désobéissance que l’homme avait commise contre Dieu fût réparée dans la nature humaine et que, sans cela, Jésus-Christ ne pouvait être notre médiateur, pour nous unir à Dieu son Père.

51 Q: Vous dites donc qu’il fallait que Jésus-Christ fût homme, pour remplir la charge de Sauveur, comme s’il l’eût fait en notre propre personne?

R: Oui; car il nous faut recouvrer en lui tout ce qui nous manque en nous-mêmes; ce qui ne se peut faire autrement.


52 Q: Pourquoi notre Sauveur a-t-il été conçu du Saint-Esprit, et non de la manière que le sont les autres hommes?

R: Parce que la nature humaine étant corrompue d’elle-même, il fallait que la vertu du Saint-Esprit Intervînt dans cette conception, pour préserver Notre-Seigneur de toute corruption, et le remplir de sainteté.

53 Q: Il est donc démontré, que celui qui doit sanctifier les autres, est exempt de toute souillure; et que, dès le ventre de sa Mère, il a été consacré à Dieu en pureté originelle, pour n’être pas sujet à la corruption universelle du genre humain?

R: C’est ainsi qu’il faut l’entendre.

54 Q: Comment est-il Notre-Seigneur?

R: En ce qu’il a été établi par le Père, afin qu’il nous ait sous son gouvernement, pour exercer le royaume et la seigneurie de Dieu, au ciel et sur la terre, et pour être le chef des anges et des fidèles.


8ème Dimanche

55 Q: Pourquoi de la naissance de Jésus- Christ passez-vous aussitôt à sa mort, omettant toute l’histoire de sa vie?

R: Parce qu’il n’est parlé ici que de ce qui est proprement de l’essence de notre Rédemption.

56 Q: Pourquoi n’est-il pas dit simplement, et en un mot, que Jésus-Christ est mort, mais qu’il est parlé de Ponce-Pilate, sous lequel Jésus-Christ a souffert?

R: Ce n’est pas seulement pour nous assurer de la certitude de l’histoire; mais pour signifier aussi que sa mort emporte condamnation.

57 Q: Comment cela?

R: Jésus-Christ est mort, afin de souffrir la peine qui nous était due, et de nous en délivrer par ce moyen. Or, parce que nous étions coupables devant le tribunal de Dieu, comme malfaiteurs, le Seigneur, pour représenter nos personnes, a voulu comparaître devant le siège d’un juge terrestre, et être condamné par sa bouche, pour nous absoudre nous- mêmes devant le trône du Juge céleste.

58 Q: Cependant, Pilate le prononce innocent; ainsi il ne le condamne pas, comme s’il en était digne.

R: L’une et l’autre de ces deux choses s’y rencontrent : car il est justifié par le témoignage du juge, pour faire voir qu’il ne souffre point pour ses fautes, mais pour les nôtres; et néanmoins, il est condamné solennellement par la sentence du même juge, pour marquer que le Seigneur est vraiment notre répondant, qui a souffert la condamnation pour nous, afin de nous en décharger.

59 Q: Cela est bien; car si Notre-Seigneur était pécheur, il ne serait pas capable de souffrir la mort pour les autres; et cependant, afin que la condamnation fût notre délivrance, il a fallu qu’il fût réputé entre les iniques.

R: Il faut l’entendre ainsi.


9ème Dimanche

60 Q: Ce que nous disons, que Jésus-Christ a été crucifié, emporte-t-il quelque chose de plus que si on l’eût fait mourir de quelque autre genre de mort?

R: Oui, comme l’apôtre le représente, lorsqu’il dit que le Seigneur a été pendu au bois, pour prendre sur lui la malédiction qui était sur nous, et pour nous en décharger. Car Dieu avait maudit ce genre de mort.

61 Q: Mais n’est-ce pas faire injure au Seigneur Jésus, que de dire qu’il a été sujet à la malédiction, même devant Dieu?

R: Non, car en la prenant sur lui, il l’a anéantie par sa vertu, en sorte qu’il n’a pas laissé d’être toujours béni, pour nous remplir de sa bénédiction.

62 Q: Expliquons ce qui suit.

R: Parce que la mort était une malédiction sur l’homme, à cause du péché, Jésus- Christ a souffert la mort, et en la souffrant, il l’a vaincue. Et pour montrer que c’était une vraie mort que la sienne, il a voulu être mis dans le sépulcre, comme les autres hommes.

63 Q: Mais il ne semble pas qu’il nous revienne aucun bien de sa victoire, puisque nous ne laissons pas de mourir.

R: Cela ne l’empêche pas: Car la mort des fidèles n’est autre chose, à présent, qu’un passage pour les introduire à une meilleure vie.

64 Q: Il suit de cela, qu’il ne faut plus craindre la mort, comme une chose horrible; mais suivre volontairement notre chef, et notre conducteur, Jésus-Christ, qui nous y précède, non pour nous faire périr, mais pour nous sauver.

R: Cela est vrai.


10ème Dimanche

65 Q: Que signifie ce qui est ajouté, de la descente de Jésus-Christ aux enfers?

R: C’est que non seulement il a souffert la mort naturelle, qui est la séparation de l’âme d’avec le corps, mais aussi que son âme a été saisie d’une angoisse extrême, que saint Pierre appelle les douleurs de la mort.

66 Q: Mais pour quelle raison cela s’est-il fait, et comment?

R: Parce que Notre-Seigneur se présentant à Dieu pour satisfaire au nom des pécheurs, il fallait qu’il sentît dans sa conscience cette horrible détresse, comme s’il eût même été abandonné de Dieu, et comme si Dieu eût été irrité contre lui. C’est pourquoi, dans cet abîme de douleur, il s’est écrié: mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné?

67 Q: Dieu était-il, en effet, irrité contre lui?

R: Non; mais il fallait que Dieu l’affligeât ainsi, pour vérifier ce qui a été prédit par Esaïe: qu’il a été frappé de la main de Dieu pour nos péchés, et qu’il a porté nos iniquités.

68 Q: Mais comment pouvait-il être dans une telle frayeur, comme s’il eût été abandonné de Dieu, puisqu’il est Dieu lui-même?

R: Il faut entendre que c’est selon sa nature humaine qu’il a été dans cette extrémité; et que, pour cet effet, la Divinité se tenait comme cachée pour un peu de temps, c’est-à-dire qu’elle ne manifestait pas sa vertu.

69 Q: Mais comment se peut-il faire que Jésus-Christ, qui est le salut du monde, ait été dans une pareille condamnation?

R: Il n’y a pas été pour y demeurer; car s’il a senti cette horreur, dont il a été parlé, il n’en a point été accablé: au contraire, il a combattu contre la puissance des enfers, pour la renverser et la détruire.

70 Q: Nous voyons donc par là la différence qu’il y a entre le tourment que Jésus-Christ a souffert, et celui que sentent les pécheurs que Dieu punit dans sa colère; car ce qui a été temporel en Jésus-Christ est perpétuel dans les autres; et ce qui a été seulement comme un aiguillon pour le piquer, est contre les autres un glaive pour les navrer à mort.

R: C’est cela même : car Jésus-Christ n’a pas laissé d’espérer toujours en Dieu, au milieu de ses angoisses; mais les pécheurs, condamnés de Dieu, se désespèrent, et se dépitent contre lui, jusqu’à le blasphémer ouvertement.


11ème Dimanche

71 Q: Ne pouvons-nous pas conclure de cette doctrine quel fruit il nous revient de la mort de Jésus-Christ?

R: Nous le pouvons. Premièrement, nous voyons que c’est un sacrifice par lequel Jésus- Christ a satisfait pour nous au jugement de Dieu, et a ainsi apaisé la colère de Dieu envers nous, et nous a réconciliés avec lui. Secondement, que son sang est le moyen par lequel nos âmes ont été lavées et nettoyées de toutes leurs souillures. Enfin, que, par cette mort, nos péchés sont effacés, pour ne plus venir en compte devant Dieu; et que par conséquent l’obligation, qui était contre nous, est abolie.

72 Q: Ne nous en revient-il pas quelque autre avantage?

R: Oui; car si nous sommes vrais membres de Jésus-Christ, notre vieil homme est crucifié, et notre chair mortifiée, afin que les mauvaises convoitises ne règnent plus en nous.

73 Q: Parlons de l’article suivant.

R: Le troisième jour, il est ressuscité; en quoi il s’est montré vainqueur de la mort et du péché, car, par sa résurrection, il a englouti la mort, rompu les liens du démon, et détruit toute sa puissance.

74 Q: En combien de manières profitons- nous de cette résurrection?

R: La première est, qu’en cette résurrection, la justice nous a été pleinement acquise. La seconde, qu’elle nous est un gage certain que nous ressusciterons un jour pour une immortalité glorieuse. La troisième, que, si nous participons vraiment à la résurrection de Jésus-Christ, nous ressuscitons dès à présent nous-mêmes en nouveauté de vie, pour servir Dieu, et pour vivre saintement, selon sa volonté.


12ème Dimanche

75 Q: Passons plus avant.

R: Il est monté au ciel.

76 Q: Est-il monté au ciel, en sorte qu’il ne soit plus sur la terre?

R: Oui; car puisqu’il a fait tout ce qui lui avait été ordonné par le Père, et qui était nécessaire pour notre salut, il n’était plus besoin qu’il demeurât dans le monde.

77 Q: A quoi nous sert cette ascension de Jésus-Christ?

R: Le profit qui nous en revient est double; car Jésus-Christ étant monté au ciel en notre nom, comme il en était descendu pour nous, il nous y donne entrée, et nous assure que la porte nous en est maintenant ouverte; au lieu qu’auparavant elle nous était fermée, à cause de nos péchés. Secondement, il y comparaît devant la face du Père, pour être notre intercesseur et notre avocat.

78 Q: Mais Jésus-Christ, montant au ciel, a-t-il tellement quitté le monde, qu’il ne soit plus avec nous?

R: Non, il a dit, au contraire, qu’il sera près de nous jusqu’à la fin.

79 Q: Est-ce d’une présence corporelle, qu’il demeure avec nous?

R: Non, car il en est autrement de son corps, qui a été élevé en haut, que de sa vertu qui est répandue partout.

80 Q: Comment faut-il entendre qu’il est assis à la droite de Dieu son Père?

R: C’est qu’il a reçu l’empire du ciel et de la terre, afin de conduire et de gouverner toutes choses.

81 Q: Mais que signifie cette droite et cette séance, dont il est parlé?

R: C’est une comparaison, prise de ce qui se faisait parmi les princes de la terre, qui faisaient asseoir à leur côté droit ceux qu’ils établissaient leurs lieutenants pour gouverner en leur nom.

82 Q: Vous n’entendez donc par là autre chose que ce que dit saint Paul, que Jésus-Christ a été constitué Chef de l’Eglise, qu’il a été élevé au-dessus de toutes les principautés, et qu’il a reçu un nom par-dessus tout nom?

R: Je n’entends autre chose.


13ème Dimanche

83 Q: Continuons.

R: De là il viendra pour juger les vivants et les morts, c’est-à-dire qu’il apparaîtra une fois du ciel, en jugement, comme on l’y a vu monter.

84 Q: Si le jugement doit être à la fin des siècles, comment peut-on dire que les uns vivront alors, et que les autres seront morts, puisqu’il est ordonné à tous les hommes de mourir une fois?

R: Saint Paul répond à cette question, disant que ceux qui seront alors en vie seront changés subitement, afin que leur corruption soit abolie, et que leur corps soit renouvelé, pour être incorruptible.

85 Q: Vous voulez donc dire que ce changement leur sera comme une mort, parce qu’il abolira la première nature des corps, pour les faire ressusciter en un autre état?

R: C’est cela même.

86 Q: Nous revient-il quelque consolation de ce que Jésus-Christ doit venir un jour pour juger le monde?

R: Une très grande, sans doute, parce que nous sommes assurés que Notre-Seigneur n’apparaîtra que pour notre salut.

87 Q: Nous ne devons donc pas craindre le dernier jugement, ni l’avoir en horreur?

R: Non; puisque nous n’aurons à comparaître devant aucun autre juge, que devant celui-là même qui est notre avocat, et qui a pris notre cause en main pour la défendre.


14ème Dimanche

88 Q: Venons-en à la troisième partie du symbole.

R: C’est la foi au Saint-Esprit.

89 Q: A quoi nous sert-elle?

R: A nous faire reconnaître que, comme Dieu nous a rachetés et sauvés par Jésus- Christ, aussi il nous rend participants de cette rédemption, et du salut, par son Saint-Esprit.

90 Q: Comment cela?

R: C’est que comme le sang de Jésus-Christ est ce qui nous purifie, il faut que ce soit le Saint-Esprit qui en arrose nos consciences, afin qu’elles soient effectivement nettoyées.

91 Q: Expliquez cela plus clairement.

R: Je veux dire que le Saint-Esprit, habitant dans nos cœurs, nous fait sentir la vertu de Notre-Seigneur Jésus-Christ : car il nous illumine, pour nous faire connaître ses grâces: il les scelle, il les imprime dans nos cœurs et les y rend efficaces; il nous régénère et nous fait de nouvelles créatures, en sorte que, par son moyen, nous recevons tous les biens, et tous les dons qui nous sont offerts en Jésus- Christ.


15ème Dimanche

92 Q: Qu’est-ce qui suit?

R: La quatrième partie, où il est dit que nous croyons la Sainte Eglise Catholique.

93 Q: Qu’est-ce que l’Eglise catholique?

R: C’est la compagnie des fidèles, que Dieu a ordonnés et élus à la vie éternelle.

94 Q: Est-il nécessaire de croire cet article?

R: Oui, si nous ne voulons rendre la mort de Jésus-Christ infructueuse et tout ce qui en a été dit, inutile : car le fruit qui en procède, c’est l’Eglise.

95 Q: Vous dites donc que, jusqu’à cette heure, il a été parlé de la cause et du fondement du salut, en tant que Dieu nous a aimés par le moyen de Jésus-Christ, et qu’il a confirmé cette grâce en nous par son Saint-Esprit; mais que, maintenant, l’effet et l’accomplissement de tout cela nous est représenté, pour nous en donner une plus grande assurance?

R: C’est cela même.

96 Q: Dans quel sens disons-nous que l’Eglise est sainte?

R: Parce que ceux que Dieu a élus, il les justifie et les purifie, les formant à la sainteté et à l’innocence, pour faire reluire sa gloire en eux; et c’est ainsi que Jésus-Christ, ayant racheté son Eglise, l’a sanctifiée, afin qu’elle fût glorieuse et sans tache.

97 Q: Que veut dire ce mot de catholique, ou universelle?

R: Il signifie que, comme il n’y a qu’un chef des fidèles, aussi ils doivent être tous unis en un même corps; de sorte qu’il n’y a pas plusieurs Eglises, mais une seule, qui est répandue sur tout le monde.

98 Q: Et ce qui suit touchant la Communion des Saints, qu’emporte-t-il?

R: Cela est ajouté, pour exprimer encore mieux l’unité des membres de l’Eglise. Et cela même nous donne à entendre, que tout le bien que Notre-Seigneur fait à son Eglise, est pour l’avantage et pour le salut de chaque fidèle, parce que tous ont communion entre eux.


16ème Dimanche

99 Q: Mais cette sainteté que vous attribuez à l’Eglise est-elle maintenant parfaite?

R: Non, tandis qu’elle combat en ce monde : car il y a toujours des restes d’imperfection en elle, qui n’en seront point ôtés, jusqu’à ce qu’elle soit pleinement unie à son Chef, Jésus-Christ, par qui elle est sanctifiée.

100 Q: Cette Eglise ne se peut-elle autrement connaître qu’en la croyant?

R: Il y a bien l’Eglise visible, selon que Dieu nous a donné les marques pour la connaître; mais il s’agit proprement ici de la société de ceux que Dieu a élus pour les sauver, laquelle ne se peut voir à l’œil pleinement.

101 Q: Qu’est-ce qui suit?

R: Je crois la rémission des péchés.

102 Q: Qu’entendez-vous par ce mot de rémission?

R: Que Dieu, par sa bonté gratuite, remet et quitte à ses fidèles leurs fautes, de sorte qu’elles ne viennent point en compte en son jugement, pour les punir.

103 Q: Il s’ensuit donc que nous ne méritons pas, par voie de satisfaction, que Dieu nous pardonne?

R: Oui, car le Seigneur Jésus seul a fait le payement, et porté la peine; et, de notre part, nous n’avons rien que nous puissions présenter à Dieu, en compensation; mais il faut que nous recevions le pardon de tous nos péchés, de la pure libéralité de Dieu.

104 Q: Pourquoi mettez-vous cet article, après celui de l’Eglise?

R: Parce que nul n’obtient le pardon de ses péchés, qu’il ne soit premièrement incorporé au peuple de Dieu, qu’il ne persévère dans l’unité et dans la communion avec le corps de Jésus-Christ et que par ce moyen il ne soit vrai membre de l’Eglise.

105 Q: Il n’y a donc à attendre, hors de l’Eglise, que condamnation et que mort?

R: Sans doute; parce que tous ceux qui se séparent de la société des fidèles, pour faire secte à part, ne doivent pas espérer le salut pendant qu’ils demeurent séparés.


17ème Dimanche

106 Q: Qu’est-ce qui suit encore?

R: La résurrection de la chair, et la vie éternelle.

107 Q: Pourquoi cet article est-il mis dans le symbole?

R: Pour montrer que notre félicité n’est pas sur la terre; ce qui tend à deux fins. Premièrement, pour nous apprendre à passer par le monde comme par un pays étranger, en méprisant toutes les choses terrestres, et en n’y mettant jamais notre cœur. En second lieu, afin que, si nous n’apercevons pas encore le fruit de la grâce que Dieu nous a faite en Jésus-Christ, nous ne perdions pourtant pas courage, mais que nous l’attendions avec patience, jusqu’au temps de sa manifestation.

108 Q: Comment se fera la résurrection?

R: Ceux qui seront morts auparavant reprendront leurs corps, mais avec d’autres qualités; c’est-à-dire que leurs corps ne seront plus sujets à la mort, ni à la corruption, quoiqu’ils aient la même substance; et pour ceux qui se trouveront encore vivants sur la terre, Dieu les ressuscitera miraculeusement, par le changement subit dont nous avons parlé.

109 Q: Cette résurrection ne sera-t-elle pas commune aux méchants et aux bons?

R: Oui; mais dans une condition bien différente: car les uns ressusciteront pour le salut et pour le bonheur; les autres, pour la condamnation, et pour la mort.

110 Q: Pourquoi donc est-il parlé seulement de la vie éternelle, et non pas aussi de l’enfer?

R: Parce que n’y ayant rien, dans cette instruction abrégée, qui ne soit proprement pour la consolation des consciences fidèles, il n’y est parlé que des biens que Dieu fait à ses serviteurs; ainsi, il n’y est fait aucune mention des impies, qui sont exclus de son royaume.


18ème Dimanche

111 Q: Puisque nous connaissons le fondement sur lequel la foi est appuyée, n’en pouvons-nous pas aisément conclure ce que c’est que la vraie foi?

R: Oui, savoir, qu’elle est une ferme et certaine connaissance de l’amour que Dieu a pour nous, selon qu’il se déclare dans son Evangile, notre Père et notre Sauveur, par le moyen de Jésus-Christ.

112 Q: Pouvons-nous avoir cette foi de nous- mêmes, ou si elle vient de Dieu?

R: L’Ecriture nous enseigne que c’est un don particulier du Saint-Esprit, et l’expérience nous le montre aussi.

113 Q: Comment?

R: Parce que notre entendement est trop faible pour comprendre la sagesse spirituelle de Dieu, qui nous est révélée par la foi, et que nos cœurs ont trop de penchant à se défier de la bonté de Dieu, et à une confiance déréglée en nous-mêmes, ou aux créatures; mais le Saint-Esprit nous illumine et nous éclaire pour nous rendre capables d’entendre ce qui autrement nous serait incompréhensible; il affermit aussi notre confiance en Dieu, en scellant et en imprimant les promesses du salut dans nos cœurs.

114 Q: Quel est l’avantage que nous retirons de cette foi, quand elle est en nous?

R: Elle nous justifie devant Dieu, pour nous faire obtenir la vie éternelle.

115 Q: Comment donc? L’homme n’est-il donc pas justifié par les bonnes œuvres, s’il vit saintement et selon Dieu?

R: S’il se trouvait quelque homme parfait, on pourrait le nommer juste : mais comme nous sommes tous de malheureux pécheurs, il faut que nous cherchions notre justice ailleurs qu’en nous-mêmes, pour soutenir le jugement de Dieu.


19ème Dimanche

116 Q: Mais toutes nos œuvres sont-elles tellement réprouvées, qu’elles ne puissent mériter grâce devant Dieu?

R: Je réponds, en premier lieu, que toutes les œuvres que nous faisons de notre propre nature, sont vicieuses d’elles-mêmes, et que par conséquent elles ne peuvent que déplaire à Dieu, et en être condamnées.

117 Q: Vous dites donc qu’avant que Dieu nous ait reçus en sa grâce, nous ne pouvons que pécher, comme un mauvais arbre ne peut produire que de mauvais fruits?

R: Sans doute: car quelque belle apparence qu’aient nos œuvres au dehors, elles ne laissent pas d’être mauvaises, parce que le cœur, auquel Dieu regarde, est corrompu.

118 Q: Il faut donc conclure que nous ne pouvons prévenir Dieu par nos mérites, pour le porter à nous faire du bien; mais qu’au contraire, nous ne faisons que l’irriter contre nous?

R: Oui, et c’est pour cela aussi que je dis, que c’est par sa seule bonté, et par sa pure miséricorde, sans aucune considération de nos œuvres, qu’il nous a pour agréables en Jésus-Christ, nous imputant sa justice, et ne nous imputant point nos fautes.

119 Q: Comment dites-vous donc que nous sommes justifiés par la foi?

R: Parce qu’en croyant, et en recevant les promesses de l’Evangile, de tout notre cœur, et avec une véritable confiance, nous entrons en possession de cette justice.

120 Q: II faut donc entendre que, comme Dieu nous la présente par l’Evangile, le moyen de la recevoir c’est la foi?

R: Oui.


20ème Dimanche

121 Mais, dès que Dieu nous a reçus une fois, les œuvres que nous faisons par sa grâce ne lui sont-elles pas agréables?

R: Elles lui sont agréables, parce qu’il les accepte gratuitement, et non pour leur propre dignité.

122 Q: Par quelle raison ne sont-elles pas dignes d’être acceptées, puisqu’elles procèdent du Saint-Esprit?

R: C’est parce qu’il s’y mêle toujours quelque infirmité de notre chair, dont elles sont souillées.

123 Q: Quel est donc le moyen de les rendre agréables à Dieu?

R: C’est de les faire avec foi; c’est-à- dire, étant assuré en sa conscience, que Dieu ne les examinera pas à la rigueur, mais qu’il en couvrira toutes les imperfections et les taches, par la pureté de Jésus-Christ, et qu’ainsi il les tiendra pour parfaites.

124 Q: Dirons-nous, pour cela, que le chrétien est justifié par ses œuvres, après que Dieu l’a appelé; ou que c’est par elles qu’il mérite que Dieu l’aime pour obtenir le salut?

R: Nullement; il est dit, au contraire, qu’aucun homme vivant ne sera justifié devant Dieu: et, par conséquent, nous avons à le prier qu’il n’entre point en compte, ni en jugement, avec nous.

125 Q: Vous n’entendez pas, pourtant, que les bonnes œuvres des fidèles soient inutiles?

R: Non; car Dieu promet de les récompenser amplement tant en ce monde que dans le ciel; mais tout cela vient de ce que Dieu nous aime gratuitement, et qu’il ne veut avoir aucune mémoire de nos fautes.

126 Q: Mais pouvons-nous avoir la foi justifiante, sans faire de bonnes œuvres?

R: Cela est impossible; parce que, croire en Jésus-Christ, c’est le recevoir tel qu’il se donne à nous. Or, il nous promet non seulement de nous délivrer de la mort, et de nous faire rentrer en grâce avec Dieu son Père, par le mérite de sa justice; mais, aussi, de nous régénérer par son Esprit, pour nous faire vivre saintement.

127 Q: La foi, donc, ne nous rend pas négligents à faire de bonnes œuvres, mais elle est comme la racine qui les produit?

R: Cela est vrai; et c’est aussi pour cela que la doctrine de l’Evangile est comprise en ces deux points, la foi, et la repentance.


21ème Dimanche

128 Q: Qu’est-ce que la repentance?

R: C’est le déplaisir d’avoir fait le mal, et l’amour du bien; l’un et l’autre procédant de la crainte de Dieu, et nous portant à mortifier notre chair, pour nous gouverner et nous conduire par le Saint-Esprit, dans le service de Dieu.

129 Q: Ce service est donc le second point, que nous avons établi, de la vie chrétienne?

R: Il l’est, en effet; et il a été dit que le vrai et légitime service de Dieu consiste à obéir à sa volonté.

130 Q: Pourquoi?

R: Parce que Dieu ne veut pas être servi selon notre fantaisie, mais selon son bon plaisir.

131 Q: Quelle règle nous a-t-il donnée pour nous conduire?

R: Il nous a donné sa loi.

II. De la Loi (132-232)

Q: Récitez-la.

R: Ecoute, Israël! Je suis l’Eternel ton Dieu, qui t’ai retiré du pays d’Egypte, de la maison de servitude.

Tu n’auras point d’autres dieux devant ma face.

Tu ne te feras point d’images taillées, ni aucune ressemblance des choses qui sont là-haut aux cieux, ni ici-bas sur la terre, ni dans les eaux sous la terre. Tu ne te prosterneras point devant elles, ni ne les serviras. Car je suis l’Eternel ton Dieu, le Dieu fort, qui est jaloux; visitant l’iniquité des pères sur les enfants, jusqu’à la troisième et la quatrième génération de ceux qui me haïssent, et faisant miséricorde en mille générations à ceux qui m’aiment et gardent mes commandements.

Tu ne prendras point le nom de l’Eternel ton Dieu en vain, car l’Eternel ne tiendra point pour innocent celui qui aura pris son nom en vain.

Souviens-toi du jour du repos pour le sanctifier. Tu travailleras six jours, et tu feras toute ton œuvre; mais le septième jour est le repos de l’Eternel ton Dieu. Tu ne feras aucune œuvre, ce jour-là, ni toi, ni ton fils, ni ta fille, ni ton serviteur, ni ta servante, ni ton bétail, ni ton étranger qui est dans tes portes: car en six jours l’Eternel a fait les cieux, et la terre, et la mer, et tout ce qui est en eux, et s’est reposé le septième jour. C’est pourquoi l’Eternel a béni le jour du repos, et l’a sanctifié.

Honore ton père et ta mère; afin que tes jours soient prolongés sur la terre que l’Eternel ton Dieu te donne.

Tu ne tueras point.

Tu ne paillarderas point.

Tu ne déroberas point.

Tu ne diras point de faux témoignages contre ton prochain.

Tu ne convoiteras point la maison de ton prochain. Tu ne convoiteras point la femme de ton prochain, ni son serviteur, ni sa servante, ni son bœuf, ni son âne, ni aucune chose qui soit à ton prochain.

132 Q: Que contient cette loi?

R: Elle est divisée en deux parties, dont la première contient quatre commandements, et l’autre six; ce qui fait dix en tout.

133 Q: Qui a fait cette division?

R: C’est Dieu même, qui l’a donnée à Moïse écrite en deux tables, et qui a dit qu’elle se réduisait à dix paroles.

134 Q: Quel est le sujet de la première table?

R: C’est la manière de bien honorer Dieu.

135 Q: Quel est le sujet de la seconde?

R: La manière dont nous devons vivre avec nos prochains et ce que nous leur devons.


22ème Dimanche

136 Q: Récitez le premier commandement.

R: Ecoute, Israël, .je suis l’Eternel ton Dieu, qui t’ai retiré du pays d’Egypte, de la maison de servitude. Tu n’auras point d’autres dieux devant ma face.

137 Q: Exposez-en le sens.

R: Il commence par une espèce de préface sur toute la loi, car, en se nommant l’Eternel, il s’attribue l’autorité de commander. Après, il se dit notre Dieu, pour nous rendre sa doctrine aimable; car, s’il est notre Dieu et notre Sauveur, il est bien juste que nous lui soyons un peuple obéissant.

138 Q: Mais ce qu’il dit ensuite, touchant la délivrance hors du pays d’Egypte, s’adresse- t-il en particulier au peuple d’Israël?

R: Oui, à la lettre; mais il nous regarde aussi tous en général, en ce qu’il a délivré nos âmes de la captivité spirituelle du péché, et de la tyrannie du diable.

139 Q: Pourquoi Dieu fait-il mention de cela, au commencement de la loi?

R: Pour nous faire connaître combien nous sommes obligés de suivre sa volonté, et quelle ingratitude ce serait de faire le contraire.

140 Q: Et qu’est-ce que Dieu demande, en général, dans ce premier commandement?

R: Que nous réservions à lui seul tout l’honneur qui lui appartient, sans le transporter ailleurs.

141 Q: Quel est l’honneur qui lui est propre?

R: C’est de l’adorer, lui seul; de l’invoquer; d’avoir notre confiance en lui; et de lui rendre tous les autres devoirs qui appartiennent à sa divine majesté.

142 Q: Pourquoi dit-il devant ma face?

R: Comme Dieu voit et connaît tout, et qu’il est le juge des secrètes pensées des hommes, il fait entendre que non seulement il veut être reconnu pour Dieu par une confession de bouche, mais aussi avec sincérité et affection de cœur.


23ème Dimanche

143 Q: Récitez le second commandement.

R: Tu ne te feras aucune image taillée, ni aucune ressemblance des choses qui sont là-haut aux cieux, ni ici-bas sur la terre, ni dans les eaux sous la terre. Tu ne te prosterneras point devant elles et tu ne les serviras point.

144 Q: Veut-il défendre absolument de faire aucune sorte d’images?

R: Non; mais il défend de faire aucune image, ou pour représenter Dieu, ou pour adorer.

145 Q: Pourquoi n’est-il pas permis de représenter Dieu sous une forme visible?

R: Parce qu’il n’y a aucune convenance entre Dieu qui est Esprit, éternel et incompréhensible; et une matière corporelle, morte, corruptible et visible.

146 Q: Vous prétendez donc que c’est déshonorer la majesté de Dieu, que de le vouloir représenter ainsi?

R: Oui.

147 Q: Quelle est la forme d’adoration qui est ici condamnée?

R: C’est de se présenter devant une image, pour faire son oraison, de fléchir le genou devant elle, ou de donner quelque autre signe de révérence, comme si Dieu s’y manifestait à nous.

148 Q: Il ne faut donc pas entendre que toute sorte de sculpture, ou de peinture, soit défendue en général; mais seulement toutes les images qui se font pour servir Dieu, ou pour l’honorer, dans ces sortes de choses visibles, ou pour en abuser par idolâtrie, de quelque manière que ce soit.

R: C’est cela même.

149 Q: A quelle fin réduirons-nous ce commandement?

R: C’est que, comme, au premier, Dieu a déclaré qu’il est le seul qu’on doit adorer, et non un autre; il nous fait entendre dans celui-ci quelle est la droite forme de cette adoration pour nous éloigner de toutes superstitions, et de tout culte charnel.


24ème Dimanche

150 Q: Poursuivons.

R: Dieu ajoute une menace; savoir: qu’il est l’Eternel, notre Dieu, le Dieu fort et jaloux, qui visite l’iniquité des pères sur les enfants, jusqu’à, la troisième et à la quatrième génération de ceux qui le haïssent.

151 Q: Pourquoi fait-il mention de sa force?

R: Pour marquer qu’il est assez puissant pour maintenir sa gloire.

152 Q: Que signifie-t-il par sa jalousie?

R: Que Dieu ne peut souffrir de compagnon. Car, comme il s’est donné à nous par sa bonté infinie, aussi veut-il que nous soyons entièrement à lui; et c’est la chasteté de nos âmes, d’être consacrées et dédiées à lui seul; comme, d’autre côté, c’est un adultère spirituel que de nous détourner à quelque superstition.

153 Q: Comment doit-on entendre qu’il punit les péchés des pères sur les enfants?

R: C’est que, pour nous donner plus de crainte, il dit que non seulement il se vengera de ceux qui l’offensent, mais aussi que leur postérité sera maudite après eux.

154 Q: Mais n’est-ce pas une chose contraire à la justice de Dieu, de punir les uns pour les autres?

R: Si nous considérons quelle est la condition du genre humain, cette question sera bientôt décidée; car, de notre nature, nous sommes tous maudits, et nous ne pourrions nous plaindre de Dieu, quand il nous laisserait comme nous sommes. Or, comme il déploie sa grâce et son amour envers ses serviteurs en bénissant leurs enfants, c’est aussi un témoignage de sa vengeance sur les iniques, quand il laisse leur postérité dans la malédiction.

155 Q: Que dit-il encore?

R: Pour nous gagner aussi, par la douceur, il dit qu’il fait miséricorde, en mille générations, à ceux qui l’aiment et qui gardent ses commandements.

156 Q: Entend-il que l’obéissance du fidèle sauvera toute sa race, quoiqu’elle soit méchante?

R: Non; mais que Dieu étendra sa bonté envers les fidèles jusque-là que pour l’amour d’eux, il se donnera à connaître à leurs enfants et que, non seulement il les fera prospérer selon la chair, mais qu’il les sanctifiera par son Saint-Esprit, pour les rendre obéissants à sa volonté.

157 Q: Cependant cela n’est pas perpétuel?

R: J’en conviens; car, comme le Seigneur se réserve la liberté de faire miséricorde aux enfants des méchants, il retient aussi le pouvoir d’élire, ou de rejeter, dans la génération des fidèles, ceux que bon lui semble; mais, pourtant, il le fait d’une manière qui montre bien que cette promesse n’est pas vaine ni frustratoire.

158 Q: Pourquoi dit-il, ici, mille générations et que, dans la menace, il n’en met que trois ou quatre?

R: C’est pour faire voir que son propre caractère est d’user plutôt de bonté et de douceur, que de rigueur ou de sévérité, comme il témoigne qu’il est prompt à faire du bien et tardif à s’irriter.


25ème Dimanche

159 Q: Venons-en au troisième commandement.

R: Tu ne prendras point le nom de l’Eternel ton Dieu en vain.


160 Q: Que veulent dire ces paroles?

R: Dieu nous défend d’abuser de son nom, non seulement par des parjures, mais aussi par des serments superflus et vains.

161 Q: Peut-on bien user du nom de Dieu, en des serments?

R: Oui, quand ils sont nécessaires, c’est- à-dire quand on en a besoin pour soutenir la vérité, et pour entretenir la charité et la paix les uns avec les autres.

162 Q: Veut-il empêcher seulement les serments qui sont contre l’honneur de Dieu?

R: Par une espèce particulière, nous sommes instruits en général de ne mettre jamais en avant le nom de Dieu qu’avec respect et avec humilité, pour le glorifier. Car, comme son nom est saint et auguste, nous devons aussi nous garder de le prononcer de manière qu’il semble que nous ayons du mépris pour lui, et que nous donnions occasion de le mépriser.

163 Q: Quelle est donc la manière d’employer le nom de Dieu comme il faut?

R: C’est de ne penser et de ne parler de Dieu et de ses œuvres qu’honorablement et à sa louange.

164 Q: Qu’est-ce qui suit?

R: Une menace: qu’il ne tiendra point pour innocent celui qui aura pris son nom en vain.

165 Q: Puisqu’il déclare ailleurs en général qu’il punira tous les transgresseurs de la loi, qu’y a-t-il ici de plus?

R: C’est qu’il a voulu faire connaître combien il a en singulière recommandation la gloire de son nom, en disant expressément qu’il ne souffrira pas qu’on le méprise; afin que nous soyons d’autant plus soigneux de garder le respect qui lui est dû.


26ème Dimanche

166 Q: Venons au quatrième commandement.

R: Souviens-toi du jour du repos pour le sanctifier: tu travailleras six jours et tu feras toute ton œuvre; mais le septième jour est le repos de l’Eternel ton Dieu; tu ne feras aucune œuvre en ce jour-là, ni toi, ni ton fils, ni ta fille, ni ton serviteur, ni ta servante, ni ton bétail, ni ton étranger qui est dans tes portes; car l’Eternel a fait en six jours les cieux et la terre, et la mer, et tout ce qui est en eux; et s’est reposé le septième jour; c’est pourquoi l’Eternel a béni le jour du repos et l’a sanctifié.

167 Q: Dieu commande-t-il de travailler six jours de la semaine, pour se reposer le septième?

R: Il ne le commande pas absolument: mais, en permettant de travailler six jours, il se réserve le septième, auquel il n’est pas permis de travailler.

168 Q: Nous défend-il donc toute sorte de travail, un jour de la semaine?

R: Ce commandement a quelque chose de particulier, car l’observation du repos est une partie des cérémonies de la loi ancienne; c’est pourquoi cette observation a été abolie à la venue de Jésus-Christ.

169 Q: Est-ce que ce commandement appartient proprement aux Juifs, et qu’il a été donné pour le temps de l’Ancien Testament?

R: Oui, en tant qu’il est cérémoniel.

170 Q: Y a-t-il donc quelque autre chose que la cérémonie?

R: Ce commandement a été fait pour trois raisons.

171 Q: Quelles sont-elles?

R: Premièrement, pour figurer le repos spirituel. En second lieu, pour la police ecclésiastique, et, enfin, pour le soulagement des serviteurs.

172 Q: Qu’est-ce que le repos spirituel?

R: C’est de nous abstenir de nos propres œuvres, afin que le Seigneur opère en nous.

173 Q: Comment cela se fait-il?

R: En mortifiant notre chair, c’est-à-dire en renonçant à notre nature, afin que Dieu nous gouverne par son Esprit.

174 Q: Cela ne se doit-il faire qu’un seul jour de la semaine?

R: Cela se doit faire continuellement, car, dès que nous avons une fois commencé, nous devons continuer toute notre vie.

175 Q: Pourquoi y a-t-il donc un certain jour pour figurer cela?

R: Il n’est pas nécessaire que la figure soit semblable en tout à la vérité : il suffit qu’il y ait quelque rapport entre elles.

176 Q: Pourquoi le septième jour est-il marqué plutôt qu’un autre?

R: Le nombre de sept désigne perfection dans l’Ecriture: ainsi il est propre à marquer la perpétuité. Il nous avertit aussi que notre repos spirituel n’est que commencé durant cette vie et qu’il ne sera parfait que lorsque nous sortirons de ce monde.


27ème Dimanche

177 Q: Mais que veut dire la raison qu’allègue ici notre Seigneur : qu’il nous faut reposer, comme il a fait lui-même?

R: Après avoir tout créés, en six jours, il a dédié le septième jour à la considération de ses ouvrages; et, pour nous y mieux porter, il nous propose son exemple. Car il n’y a rien que nous devions tant souhaiter, que de lui être conformes. 178 Q: Faut-il méditer tous les jours les Œuvres de Dieu, ou s’il suffit de le faire un jour de la semaine?

R: Cela se doit faire chaque jour; mais, à cause de notre faiblesse, il y en a un particulièrement affecté pour cela. Et c’est la police dont j’ai parlé.

179 Q: Quel ordre doit-on garder dans ce jour?

R: C’est que le peuple s’assemble, pour être instruit dans la vérité de Dieu; pour faire des prières en commun; et pour rendre témoignage de sa foi et de sa religion.

180 Q: Comment entendez-vous que ce commandement est aussi donné pour le soulagement de ceux qui servent? -

R: C’est afin de donner quelque relâche à ceux qui sont sous la puissance d’autrui. Cela sert à la police commune; car chacun s’accoutume à travailler le reste du temps, quand il y a un jour de repos.

181 Q: Voyons maintenant en quel sens ce commandement nous regarde.

R: Pour ce qui est de la cérémonie, elle est abolie, parce que nous en avons l’accomplissement en Jésus-Christ.

182 Q: Comment?

R: C’est que notre vieil homme est crucifié par la vertu de sa mort, et que par sa résurrection nous ressuscitons en nouveauté de vie.

183 Q: Qu’est-ce donc qui nous en reste?

R: C’est que nous observions l’ordre établi dans I’ Église, pour écouter la Parole du Seigneur, et participer aux prières publiques et aux sacrements; et que nous ne contrevenions point à la police spirituelle qui est en usage parmi les fidèles.

184 Q: La figure n’est-elle donc d’aucun usage pour nous?

R: Elle a son usage; car il faut la réduire à la vérité; c’est qu’étant vrais membres de Jésus-Christ, nous renoncions à nos propres œuvres, pour nous conduire et nous gouverner par lui.


28ème Dimanche

185 Q: Venons à la seconde table.

R: Honore ton père et ta mère.

186 Q: Qu’entendez-vous par honorer?

R: Que les enfants soient humbles et obéissants à leurs pères et à leurs mères; qu’ils leur portent honneur et respect; qu’ils les assistent, et qu’ils soient soumis à leur commandement, comme ils y sont obligés.

187 Q: Poursuivez.

R: Dieu ajoute une promesse à ce commandement: afin, dit-il, que tes jours soient prolongés sur la terre, que l’Eternel ton Dieu te donne.

188 Q: Que veut dire cela?

R: Que Dieu donnera une longue vie à ceux qui rendront à leurs pères et à leurs mères l’honneur qui leur est dû.

189 Q: Cette vie étant si pleine de misère, comment est-ce que Dieu promet à l’homme, comme une grâce, qu’il lui accordera une longue vie?

R: La vie, quelque misérable qu’elle soit, est une bénédiction de Dieu pour le fidèle; ne fût-ce que parce que Dieu, en la lui conservant, lui témoigne son amour paternel.

190 Q: S’ensuit-il, au contraire, que l’homme qui meurt jeune soit maudit de Dieu?

R: Non: il arrive même quelquefois que ceux que le Seigneur aime le plus sont ceux qu’il retire le plus tôt de ce monde.

191 Q: Comment garde-t-il donc sa promesse?

R: Tout ce que Dieu nous promet, touchant les biens temporels, doit être entendu avec cette condition, autant qu’il est expédient pour notre salut spirituel; car ce serait un grand désordre, si l’intérêt du salut n’allait devant tout autre.

192 Q: Mais que sera-ce donc de ceux qui sont rebelles à père et à mère?

R: Non seulement Dieu les punira au jour du jugement, mais il en fera aussi la vengeance sur leurs corps, en les faisant mourir d’une mort prématurée, ou ignominieuse, ou de quelque autre manière.

193 Q: N’est-il pas parlé nommément de la Terre de Canaan dans cette promesse?

R: Oui, mais à l’égard des enfants d’Israël, car, pour le présent, il faut prendre ce mot dans un sens plus général, parce qu’en quelque pays que nous demeurions, la terre étant au Seigneur, c’est lui qui nous y donne notre habitation.

194 Q: Y a-t-il autre chose dans ce commandement?

R: Quoiqu’il ne soit parlé que de père et de mère, cependant il faut y comprendre tout supérieur, puisqu’il y a la même raison pour les uns et pour les autres.

195 Q: Et quelle?

R: C’est que Dieu leur a donné la prééminence, car il n’y a ni autorité, ni de père, ni de princes, ni de quelques autres supérieurs que ce soit, que comme Dieu l’a ordonné.


29ème Dimanche

196 Q: Récitez le sixième commandement.

R: Tu ne tueras point.

197 Q: Ne nous est-il défendu autre chose que le meurtre?

R: Puisque c’est Dieu qui parle, non seulement il soumet à sa loi nos œuvres extérieures; mais aussi principalement les affections de notre cœur.

198 Q: Vous entendez donc qu’il y a une espèce de meurtre intérieur, que Dieu nous défend ici.

R: Oui: c’est la haine et l’animosité, et le désir de nuire au prochain.

199 Q: Suffit-il de ne point haïr, et de n’avoir point de mauvaise volonté pour personne?

R: Non; car Dieu, en condamnant la haine, nous fait entendre qu’il exige que nous aimions nos prochains, et que nous procurions leur salut, avec une affection sincère, et sans déguisement.

200 Q: Récitez le septième commandement.

R: Tu ne paillarderas point.

201 Q: Quel en est le sens?

R: Que toute impureté est maudite de Dieu, et que, par conséquent, nous devons nous en abstenir, si nous ne voulons exciter sa colère contre nous.

202 Q: N’exige-t-il autre chose?

R: Il faut toujours faire attention à la nature du Législateur, qui ne s’arrête pas à l’œuvre extérieure, mais qui demande aussi l’affection du cœur.

203 Q: Qu’emporte donc ce commandement?

R: Que nos corps et nos âmes, étant les temples du Saint-Esprit, nous les conservions en toute honnêteté; qu’ainsi nous soyons chastes, non seulement de fait, mais aussi de désirs, de paroles et de gestes, en sorte qu’il n’y ait en nous aucune partie souillée d’impureté.


30ème Dimanche

204 Q: Venons au huitième commandement.

R: Tu ne déroberas point.

205 Q: Ce commandement défend-il uniquement les larcins qu’on punit par les voies de la justice, ou s’étend-il plus loin?

R: Il défend toutes les mauvaises pratiques, et tous les moyens injustes d’attirer à nous le bien de notre prochain, soit par violence, ou par artifice, ou de quelque autre manière que ce soit, que Dieu n’a point approuvée.

206 Q: Est-ce assez de s’abstenir du fait, ou si l’intention y est aussi comprise?

R: Il en faut toujours revenir là; c’est que le Législateur étant spirituel, il ne parle pas seulement des larcins extérieurs mais aussi de la volonté, des entreprises, et des desseins de s’enrichir au préjudice du prochain.

207 Q: Que faut-il donc faire?

R: Etre soigneux de conserver à chacun ce qui lui appartient.

208 Q: Quel est le neuvième commandement?

R: Tu ne diras point de faux témoignage contre ton prochain.

209 Q: Nous défend-il uniquement de nous parjurer en jugement, ou de mentir, de quelque manière que ce soit, contre notre prochain?

R: En nommant une espèce particulière, il donne une règle générale, savoir: que nous ne parlions pas faussement contre notre prochain et que, par des calomnies, des médisances et des mensonges, nous ne le blessions, ni en ses biens, ni en sa réputation.

210 Q: Pourquoi parle-t-il spécialement des parjures publics?

R: Pour nous donner encore plus d’horreur de la calomnie, et de la médisance; parce que quiconque s’accoutume à calomnier et à diffamer son prochain par des faussetés, se portera aisément à se parjurer en justice.

211 Q: Ne défend-il que de dire du mal du prochain, ou s’il défend aussi d’en penser?

R: Il défend l’un et l’autre, par la raison que l’on a déjà touchée; car ce qui est mauvais à faire devant les hommes, ne l’est pas moins à le vouloir devant Dieu.

212 Q: Dites donc en abrégé ce que renferme ce commandement.

R: Il nous prescrit de n’être point enclins à mal penser, ni à mal dire de nos prochains; mais plutôt à en bien juger, autant que la vérité le peut souffrir, et de leur conserver leur bonne réputation dans nos discours.


31ème Dimanche

213 Q: Venons-en au dernier commandement.

R: Tu ne convoiteras point la maison de ton prochain; tu ne convoiteras point la femme de ton prochain, ni on serviteur, ni sa servante, ni son bœuf, ni son âne, ni aucune chose qui soit à ton prochain.

214 Q: Toute la loi étant spirituelle, comme il a été dit, et les autres commandements n’étant pas seulement pour régler les œuvres extérieures, mais aussi les affections du cœur, qu’y a-t-il ici de plus?

R: Le Seigneur a voulu régler nos affections et nos volontés par les autres commandements. Ici, il veut régler aussi les pensées qui emportent quelque convoitise et quelque désir, quoiqu’elles ne passent pas jusqu’à une volonté déterminée.

215 Q: Entendez-vous que la moindre tentation qui pourrait venir en la pensée au fidèle soit un péché, quoiqu’il y résiste, et qu’il n’y consente nullement?

R: Il est certain que toutes les mauvaises pensées procèdent de l’infirmité de notre chair, quoique le consentement n’y soit pas; mais je dis que ce commandement parle des convoitises qui chatouillent et émeuvent le cœur de l’homme, quoiqu’il n’en vienne pas jusqu’à un dessein formé.

216 Q: Vous dites donc que, comme les mauvaises affections, qui supposent une volonté certaine et comme déterminée, ont été ci-dessus condamnées, le Seigneur demande ici une telle pureté de nous, qu’il n’entre en nos cœurs aucune mauvaise convoitise, pour les solliciter et inciter au mal.

R: C’est cela même.

217 Q: Ne pouvons-nous pas faire maintenant un abrégé de toute la loi?

R: Oui, en la réduisant à deux articles, dont le premier est: que nous aimions notre Dieu de tout notre cœur, de toute notre âme, de toutes nos forces; et l’autre: que nous aimions notre prochain comme nous-mêmes.

218 Q: Qu’est-ce qu’emporte l’amour de Dieu?

R: C’est de l’aimer comme il convient d’aimer Dieu, savoir, en le regardant tout à la fois comme notre Seigneur, notre Maître, notre Sauveur, et notre Père; ce qui, avec l’amour, suppose la crainte, le respect, la confiance et l’obéissance.

219 Q: Que signifient ces expressions: de tout notre cœur, de toute notre âme et de toutes nos forces?

R: C’est-à-dire que nous l’aimions avec tant de zèle et tant d’ardeur, qu’il n’y ait en nous aucun désir, aucune volonté, aucune inclination, ni aucune pensée, qui s’oppose à cet amour.


32ème Dimanche

220 Q: Quel est le sens du second article?

R: C’est que comme nous sommes si enclins naturellement à nous aimer nous-mêmes, que cette affection surmonte toutes les autres; il faut aussi que la charité pour nos prochains domine si fort dans nos cœurs, qu’elle nous dirige, et qu’elle soit la règle de toutes nos pensées et de toutes nos actions.

221 Q: Qu’entendez-vous par le prochain?

R: Non seulement nos parents et nos amis, ou ceux que nous fréquentons, mais aussi ceux que nous ne connaissons pas, et même nos ennemis.

222 Q: Quelle liaison ont les derniers avec nous?

R: Celle que -Dieu a mise entre tous les hommes, laquelle est inviolable, et qui ne peut être détruite par la malice de qui que ce soit.

223 Q: Vous dites donc que, si quelqu’un nous hait, cela vient de lui, et que néanmoins il ne laisse pas, selon l’ordre établi de Dieu, d’être notre prochain, et que nous le devons tenir pour tel.

R: Oui.

224 Q: Puisque la loi contient la règle de bien servir Dieu, le chrétien ne doit-il pas vivre comme elle nous le prescrit?

R: Sans doute; mais il y a en nous une si grande faiblesse, que nul ne s’en acquitte parfaitement.

225 Q: D’où vient donc que le Seigneur exige une perfection qui est au-dessus de nos forces?

R: Il n’exige rien à quoi nous ne soyons obligés; mais, au reste, pourvu que nous fassions nos la perfection, le Seigneur ne nous impute pas ce qui manque.

226 Q: Parlez-vous en général de tous les hommes, ou seulement des fidèles?

R: L’homme qui n’est pas régénéré par l’Esprit de Dieu ne saurait commencer à observer le moindre point de la loi; et d’ailleurs, quand il s’en trouverait quelqu’un qui en observât quelque partie, il ne serait pas déchargé de cette obligation, car Notre-Seigneur déclare que tous ceux qui n’accompliront pas entièrement toute la loi, seront maudits.


33ème Dimanche

227 Q: Ne faut-il pas conclure de là que la loi a une double destination, selon qu’il y a deux espèces d’hommes?

R: Oui, car, à l’égard des incrédules, elle ne sert qu’à leur reprocher leurs crimes, et les rendre plus inexcusables devant Dieu; suivant ce que dit saint Paul, qu’elle est un ministère de mort et de condamnation. Mais, à l’égard des fidèles, elle a un tout autre usage.

228 Q: Quel?

R: Premièrement; en ce qu’elle leur fait connaître qu’ils ne peuvent être justifiés par leurs œuvres, elle les humilie, et par là les dispose à chercher le salut en Jésus-Christ. En second lieu, en tant qu’elle demande d’eux plus qu’il ne leur est possible de faire, elle les excite à prier Dieu qu’il leur en donne la force et le pouvoir; et cependant, à se reconnaître toujours coupables, afin qu’ils ne s’enorgueillissent point. Enfin, elle leur est comme un frein, pour les retenir dans la crainte de Dieu.

229 Q: Il faut donc poser, que quoique dans cette vie mortelle nous n’accomplissions jamais la loi, toutefois ce n’est pas inutilement qu’elle demande de nous une telle perfection, car elle nous montre le but où nous devons aspirer, afin que chacun de nous, suivant la grâce que Dieu lui a faite, tâche continuellement d’y tendre, et de s’avancer de jour en jour.

R: C’est cela même.

230 Q: N’avons-nous pas, dans la loi, une règle parfaite de tout bien?

R: Elle est si parfaite, que Dieu demande seulement que nous la suivions, et qu’au contraire il rejette tout ce que l’homme ose faire au delà de ce qu’elle contient, car Dieu ne demande d’autre sacrifice que l’obéissance.

231 Q: A quoi servent donc tous les avertissements, toutes les remontrances, tous les commandements, et toutes les exhortations, tant des prophètes que des apôtres?

R: Ce ne sont que des simples déclarations de la loi même, qui ne tendent pas à nous détourner de son obéissance, mais plutôt à nous y conduire.

232 Q: Est-ce qu’elle ne traite pas des vocations particulières?

R: Quand elle dit qu’il faut rendre à chacun ce qui lui appartient, nous pouvons inférer de là quel est notre devoir, chacun dans l’état où il se trouve; et de plus, comme il a été dit, nous en avons l’explication partout, dans l’Ecriture; car ce que le Seigneur a mis ici en abrégé, il le traite plus au long, en divers lieux, pour une plus ample instruction.

III. De la Prière (233-295)

34ème Dimanche

233 Q: Puisque nous avons parlé suffisamment du Service de Dieu, qui est la seconde partie de l’honneur qui lui est dû, parlons de la troisième.

R: Nous avons dit qu’elle consiste à l’invoquer dans toutes nos nécessités.

234 Q: Entendez-vous qu’il faille invoquer Dieu seul?

R: Oui, car il demande ce culte, comme un honneur qui n’appartient qu’à sa Divinité

235 Q: Si cela est, de quelle manière nous est-il permis d’implorer le secours des hommes?

R: Ce sont deux choses bien différentes, car nous invoquons Dieu, pour protester que nous n’attendons aucun bien que de lui, et que nous n’avons aucun recours ailleurs; au lieu que nous ne recherchons l’assistance des hommes, qu’en tant qu’il nous le permet, et qu’il leur donne le pouvoir et le moyen de nous aider.

236 Q: Vous entendez donc que, lorsque nous demandons le secours des hommes, cela ne contrevient pas au devoir qui nous oblige d’invoquer Dieu seul; parce que nous ne mettons pas notre confiance aux hommes, et que nous ne les recherchons qu’en tant que Dieu les a établis ministres et dispensateurs de ses biens pour nous en faire part.

R: Cela est vrai; et, en effet, nous devons recevoir tout le bien qui nous vient d’eux, comme venant de Dieu même, car, dans la vérité, c’est lui qui nous l’envoie par leurs mains.

237 Q: Ne devons-nous pas pourtant avoir de la reconnaissance envers les hommes, pour le bien qu’ils nous font?

R: Sans doute, quand ce ne serait que parce que Dieu leur fait cet honneur de nous communiquer ses biens par leurs mains, car par ce moyen il nous engage à eux, et veut que nous leur en tenions compte.

238 Q: Ne pouvons-nous pas conclure de là qu’il n’est pas permis d’invoquer les anges, ni les saints décédés?

R: Assurément; car, à l’égard des saints, Dieu ne leur a pas donné la charge de nous assister et de nous secourir; et pour ce qui est des anges, quoique Dieu les emploie pour servir à notre salut, il ne veut pas néanmoins que nous ayons notre recours à eux.

239 Q: Vous dites donc que tout ce qui ne se rapporte pas à l’ordre que le Seigneur a établi, contrevient à sa volonté.

R: Oui; car si nous ne nous contentons pas de ce que le Seigneur nous donne, c’est une marque certaine d’infidélité. D’ailleurs, si au lieu d’avoir notre refuge à Dieu seul, suivant son commandement, nous recourons aux anges ou aux saints, mettant en eux quelque partie de notre confiance, c’est une idolâtrie, en ce que nous leur transférons ce que Dieu s’était réservé.


35ème Dimanche

240 Q: Parlons maintenant de la manière de prier Dieu. Suffit-il de le prier de bouche, ou s’il le faut prier aussi de l’esprit et du cœur?

R: Il n’est pas toujours nécessaire de prier de bouche; mais il faut prier toujours avec connaissance, et avec affection.

241 Q: Comment le prouvez-vous?

R: Puisque Dieu est esprit, il demande toujours le cœur, et particulièrement dans la prière, où il s’agit de communiquer avec lui; c’est pourquoi aussi il ne promet d’être près que de ceux qui l’invoqueront en vérité; et il maudit au contraire tous ceux qui le font par hypocrisie, et non de cœur.

242 Q: Toutes les prières faites seulement de bouche sont donc superflues?

R: Elles ne sont pas seulement superflues, elles sont encore désagréables à Dieu.

243 Q: Quelle est cette affection que l’on doit avoir en priant?

R: Premièrement nous devons sentir notre misère et notre pauvreté; et ce sentiment doit causer en nous du déplaisir et de l’amertume. Ajoutez à cela, qu’il faut que nous ayons un désir ardent de trouver grâce devant Dieu, et que ce désir enflamme nos cœurs, et produise en nous une ardeur de prier.

244 Q: Ces dispositions viennent-elles de nous-mêmes, ou de la grâce de Dieu?

R: Il faut que Dieu lui-même les opère; car telle est notre stupidité, que nous n’en sommes pas capables. Mais l’esprit de Dieu nous porte à des gémissements ineffables, et forme dans nos cœurs l’affection et le zèle que Dieu demande de nous, comme dit saint Paul.

245 Q: Est-ce que nous ne devons pas nous exciter à prier Dieu?

R: Au contraire, quand nous ne sentons pas cette disposition en nous-mêmes, nous devons supplier le Seigneur qu’il nous la donne, pour nous rendre capables de prier comme il faut.

246 Q: Vous n’entendez pas néanmoins que la langue soit entièrement inutile dans la prière?

R: Non; car quelquefois elle est un secours à l’esprit, pour le fixer et l’affermir, afin qu’il ne se détourne pas si facilement de Dieu. D’ailleurs, puisque la langue a été particulièrement formée, préférablement à toutes les autres parties du corps, pour glorifier Dieu, il est bien raisonnable qu’elle s’y emploie en toute manière. Aussi, le zèle du cœur, par son ardeur et par sa véhémence, meut souvent la langue, sans qu’on y pense.

247 Q: Mais si cela est, qu’est-ce que prier Dieu en langue inconnue?

R: C’est se moquer de Dieu et se rendre coupable d’une détestable hypocrisie.


36ème Dimanche

248 Q: Quand nous prions Dieu, est-ce au hasard, sans savoir si nous en recevrons quelque avantage; ou devons-nous être assurés que nos prières seront exaucées?

R: Il faut toujours poser ce fondement dans nos prières, qu’elles seront reçues de Dieu, et que nous obtiendrons ce que nous demandons autant qu’il nous sera convenable; c’est pourquoi saint Paul a dit que la vraie et légitime invocation procède de la foi; car, si nous n’avons pas confiance en la bonté de Dieu, il nous est impossible de l’invoquer en vérité.

249 Q: Que sera-ce donc de ceux qui doutent en priant, et qui ne savent si Dieu les écoute, ou s’il ne les écoute pas?

R: Leurs prières sont entièrement vaines, parce qu’elles ne sont appuyées d’aucune promesse; car il est dit seulement que nous demandions en croyant et que ce que nous demanderons nous sera accordé.

250 Q: Reste donc à savoir, comment et à quel titre nous pouvons avoir la hardiesse de nous présenter devant Dieu, puisque nous en sommes si indignes?

R: Premièrement, nous avons les promesses, auxquelles il nous faut tenir, sans avoir égard à notre dignité. Secondement, si nous sommes les enfants de Dieu, il nous porte et nous pousse par son Saint-Esprit, à nous adresser familièrement à lui, comme à notre Père. Et afin que nous ne craignions pas de comparaître devant sa Majesté glorieuse, nous qui ne sommes que de pauvres vers de terre, et de misérables pécheurs, il nous donne notre Seigneur Jésus pour Médiateur, afin qu’ayant accès, par son moyen, nous ne doutions point de trouver grâce.

251 Q: Entendez-vous qu’il ne faille invoquer Dieu qu’au nom de Jésus-Christ?

R: Je l’entends ainsi, parce que nous en avons un commandement exprès. Et en priant de la sorte, il nous est promis que nos requêtes nous seront accordées, par la vertu de son intercession.

252 Q: Ce n’est donc pas une témérité, ni une folle présomption, de nous adresser familièrement à Dieu, pourvu que nous ayons Jésus-Christ pour notre avocat, et que nous nous appuyions sur lui, afin que Dieu, par son moyen, nous ait pour agréables, et qu’il nous exauce.

R: Non: car nous prions comme par sa bouche, parce qu’il nous donne accès auprès de son Père, et qu’il intercède pour nous.


37ème Dimanche

253 Q: Parlons maintenant de la matière de nos prières. Pouvons-nous demander tout ce qui nous vient dans la pensée; ou s’il y a quelque règle certaine à observer là-dessus?<

R: Si nous suivions notre fantaisie, nos prières seraient bien mal réglées : car nous sommes si ignorants, que nous ne pouvons juger de ce qu’il faut que nous demandions; et nos désirs sont si déréglés, qu’il est bien nécessaire que nous ne leur lâchions pas la bride.

254 Q: Que faut-il donc?

R: Que Dieu lui-même nous enseigne comment nous devons le prier, et qu’il nous conduise comme par la main, en sorte que nous ne fassions que le suivre.

255 Q: Quelle instruction nous a-t-il donnée pour cela?

R: Il nous l’a donnée très ample en divers endroits de l’Ecriture : mais afin de nous conduire plus sûrement, il nous a donné un formulaire, dans lequel il a compris, en peu de mots, toutes les choses qu’il nous est permis et expédient de demander.

256 Q: Récitez ce formulaire.

R: Notre Seigneur Jésus, étant requis par ses disciples de leur enseigner à prier, il leur dit, priez ainsi:

Notre père, qui es aux cieux! Ton nom soit sanctifié. Ton règne vienne. Ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel. Donne-nous aujourd’hui notre pain quotidien. Pardonne-nous nos offenses comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés. Et ne nous induis point en tentation, mais délivre-nous du Malin. Car à toi est le règne, la puissance et la gloire, aux siècles des siècles. Amen.

257 Q: Pour faciliter l’intelligence de cette prière, dites-moi combien d’articles elle contient.

R: Six; dont les trois premiers regardent la gloire de Dieu, sans aucune considération de nous-mêmes; les autres nous regardent, et concernent notre bien et notre avantage.

258 Q: Comment donc? Faut-il demander quelque chose à Dieu, dont il ne nous revienne aucune utilité?

R: Il est certain que, par sa bonté infinie, il dispose et ordonne tout, de manière que rien ne peut être à la gloire de son nom, qui ne nous soit en même temps salutaire. Ainsi, quand son nom est sanctifié, cela tourne à notre sanctification; quand son règne vient, nous y avons part en quelque sorte. Mais en désirant et en demandant ces choses, nous devons avoir égard seulement à sa gloire, sans penser à nous, ni chercher notre propre profit en aucune manière.

259 Q: Selon vous, ces trois premières demandes sont bien utiles, mais il ne les faut faire à autre intention, que pour désirer que Dieu soit glorifié?

R: Oui : il en est de même des trois dernières; car quoiqu’elles soient destinées à nous faire désirer ce qui nous est utile, néanmoins nous y devons tellement avoir la gloire de Dieu en vue, que ce soit la fin de nos désirs.


38ème Dimanche

260 Q: Venons-en à l’explication de l’Oraison dominicale. Et avant que d’aller plus loin, pourquoi Dieu est-il appelé Notre Père, plutôt que d’un autre nom?

R: Parce qu’étant nécessaire que nos consciences soient fermement assurées, quand il s’agit de prier, notre Dieu se nomme d’un nom qui n’emporte que douceur et que bonté; pour nous ôter tout sujet de doute et toute perplexité, et pour nous donner la hardiesse d’aller familièrement à lui.

261 Q: Oserons-nous donc recourir familièrement à Dieu, comme un enfant à son père?

R: Oui, et encore avec plus de certitude d’obtenir ce que nous demanderons; car si nous, qui sommes mauvais, ne pouvons refuser à nos enfants la nourriture quand ils nous la demandent, combien moins le fera notre Père céleste, qui non seulement est bon, mais qui est la souveraine bonté!

262 Q: De ce nom même de Père, ne pouvons- nous pas conclure encore ce qui a été dit, que la prière doit être fondée sur l’intercession de Jésus-Christ?

R: Oui, sans doute: parce que Dieu ne nous avoue pour ses enfants, qu’en tant que nous sommes les membres de son Fils.

263 Q: Pourquoi n’appelez-vous pas Dieu Votre Père, mais Notre Père, en commun?

R: Chaque fidèle le peut bien nommer son Père en particulier; mais dans ce formulaire, Jésus-Christ nous enseigne de prier en commun, pour nous avertir, que nous devons aussi exercer notre charité envers nos prochains, en priant, et non pas avoir soin de nous seulement.

264 Q: Que veulent dire ces mots: Qui es aux cieux?

R: C’est comme si nous l’appelions, haut, puissant, incompréhensible.

265 Q: Comment cela, et pour quelle fin?

R: Afin qu’en l’invoquant, nous apprenions à élever en haut nos pensées, pour ne rien concevoir de lui qui soit charnel ni terrestre et pour ne le pas mesurer à notre intelligence, ni l’assujettir à notre volonté; mais pour adorer avec humilité sa Majesté glorieuse, et pour avoir aussi une plus ferme confiance en lui, parce qu’il est le Gouverneur et le Maître de tout.


39ème Dimanche

266 Q: Expliquez-nous maintenant la première demande.

R: Le nom de Dieu, c’est la renommée, par laquelle il est célébré parmi les hommes. Nous désirons donc que sa gloire soit exaltée partout, et en toutes choses.

267 Q: Entendez-vous que sa gloire, puisse croître ou diminuer?

R: Non pas en elle-même; mais on veut dire qu’elle soit manifestée, comme elle doit l’être; et quelque chose que Dieu fasse, toutes ses œuvres soient trouvées glorieuses, comme elles le sont : de sorte qu’il soit glorifié, en toutes manières.

268 Q: Qu’entendez-vous, dans la seconde demande, par le règne de Dieu?

R: Le règne de Dieu consiste principalement en deux points: à conduire et à gouverner les siens par son Esprit, et à abîmer et à confondre les réprouvés, qui ne veulent pas se soumettre à sa domination, afin qu’il paraisse clairement qu’il n’y a nulle puissance qui puisse résister à la sienne.

269 Q: Dans quel sens priez-vous que ce règne vienne?

R: C’est que de jour en jour le Seigneur multiplie le nombre de ses fidèles; qu’il augmente aussi de jour en jour ses grâces en eux, jusqu’à ce qu’il les en ait tout à fait remplis; qu’il fasse connaître de plus en plus sa vérité; qu’il manifeste sa justice, en sorte que Satan et son règne de ténèbres soient confondus, et que toute iniquité soit détruite et abolie.

270 Q: Cela ne se fait-il pas dès à présent?

R: Oui, en partie; mais nous désirons que son règne croisse continuellement, et fasse des progrès, jusqu’à ce qu’il parvienne enfin à sa perfection; ce qui ne s’accomplira qu’au jour du jugement, lorsque Dieu sera seul exalté, que toute créature sera humiliée sous sa grandeur, et que même, il sera tout en tous.


40ème Dimanche

271 Q: En quel sens demandez-vous Que la volonté de Dieu soit faite?

R: C’est que toutes les créatures lui soient soumises pour lui rendre obéissance, et qu’ainsi tout se fasse selon son bon plaisir.

272 Q: Entendez-vous que quelque chose se puisse faire contre sa volonté?

R: Nous demandons non seulement qu’il amène toutes choses au point que ce qu’il a déterminé dans son conseil, arrive, mais qu’ayant abattu toute rébellion, il soumette aussi toute volonté à la sienne seule.

273 Q: Ne renonçons-nous pas par là à nos propres volontés?

R: Oui, nous y renonçons; et non seulement nous demandons qu’il renverse nos désirs, lorsqu’ils sont contraires à sa volonté, en les rendant vains et de nul effet; mais aussi qu’il crée en nous un nouvel esprit et un nouveau cœur, de sorte que nous ne voulions rien de nous-mêmes, mais que ce soit son Esprit qui veuille en nous, pour nous faire consentir pleinement à sa volonté.

274 Q: Pourquoi ajoutez-vous qu’elle soit faite, sur la terre, comme au ciel?

R: Parce que ses créatures célestes, qui sont ses anges, ne cherchant qu’à lui obéir sans aucune opposition, nous souhaitons que la même chose se fasse sur la terre, c’est-à- dire que tous les hommes se soumettent volontairement à son obéissance.


41ème Dimanche

275 Q: Venons-en à la seconde partie. Qu’entendez-vous par le pain quotidien, que vous demandez?

R: J’entends généralement tout ce dont nous avons besoin pour notre corps, non seulement par la nourriture et pour le vêtement, mais tout ce que Dieu connaît lui-même nous être nécessaire, afin que nous puissions manger notre pain en paix.

276 Q: Comment demandez-vous à Dieu qu’il vous donne la nourriture, puisqu’il nous commande de la gagner par le travail de nos mains?

R: Quoiqu’il nous faille travailler pour vivre, ce n’est pas notre travail, notre industrie, ou notre diligence, qui nous entretiennent; mais la seule bénédiction de Dieu, qu’il lui plaît de répandre sur l’ouvrage de nos mains, et sur notre travail, pour le faire prospérer. D’ailleurs, nous devons concevoir que ce ne sont pas les aliments qui nous nourrissent par eux-mêmes, quoique nous les ayons en abondance à notre disposition; mais la vertu du Seigneur, qui s’en sert comme d’un moyen, à cet effet.

277 Q: Pourquoi l’appelez-vous votre pain, puisque vous demandez qu’il vous soit donné?

R: C’est par la bonté de Dieu qu’il est fait nôtre, quoiqu’il ne nous soit pas dû; et Notre- Seigneur veut que nous l’appelions ainsi, pour nous avertir de ne pas désirer le pain d’autrui, mais seulement celui que nous aurons acquis par des moyens légitimes, suivant le commandement de Dieu.

278 Q: Pourquoi dites-vous quotidien, et aujourd’hui?

R: Pour nous apprendre à nous contenter de ce que nous avons chaque jour, et à ne pas désirer plus que notre nécessité ne demande.

279 Q: Puisque cette prière est commune à tous, comment les riches, qui ont provision et abondance de biens pour longtemps, peuvent- ils demander pour un jour?

R: Il faut que tous, tant riches que pauvres, sachent que tout ce qu’ils ont ne leur peut servir de rien, si ce n’est autant qu’il plaît à Dieu de leur en donner l’usage, et qu’il lui plaît par sa grâce de le leur rendre utile: ainsi, en ayant quelque chose, nous n’avons rien, si ce n’est autant que Dieu nous le donne.


42ème Dimanche

280 Q: Que contient la cinquième demande?

R: Qu’il plaise à Dieu de nous pardonner nos péchés.

281 Q: N’y a-t-il aucun homme vivant, si juste, qui n’ait besoin de la faire?

R: Non: car le Seigneur Jésus a donné cette forme de prière à ses apôtres, pour son Eglise: ainsi quiconque prétendrait s’en dispenser, renoncerait à la société des chrétiens. En effet, l’Ecriture nous assure que l’homme le plus parfait, qui voudrait se justifier devant Dieu sur un seul point, se trouverait coupable sur mille. Il faut donc que nous ayons tout notre refuge à sa miséricorde.

282 Q: Comment faut-il entendre que cette rémission des péchés nous est faite?

R: Comme les propres paroles dont Notre Seigneur Jésus-Christ s’est servi nous le montrent; c’est que les péchés étant des dettes qui nous assujettissent à la condamnation de la mort éternelle, nous demandons qu’il plaise à Dieu de nous en tenir quittes, par sa pure libéralité.

283 Q: Vous entendez donc que nous obtenons la rémission de nos péchés par la bonté gratuite de Dieu?

R: Oui: car nous ne pouvons nullement satisfaire pour la moindre faute que nous ayons commise; mais Dieu use de sa pure libéralité envers nous, en nous les remettant toutes.

284 Q: Quand Dieu nous a pardonné nos péchés, quel fruit nous en revient-il?

R: C’est que par ce moyen nous lui sommes agréables, comme si nous étions innocents et justes; et nos consciences sont assurées de son amour paternel envers nous, d’où nous viennent le salut et la vie.

285 Q: Quand vous demandez que Dieu nous pardonne, comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés, entendez-vous qu’en pardonnant aux hommes, nous méritons que Dieu nous pardonne?

R: Non; car le pardon de Dieu ne serait plus gratuit, ni fondé sur la satisfaction qui a été faite en la mort de Jésus-Christ comme il doit l’être : mais c’est qu’en oubliant les injures qu’on nous fait, nous imitons sa douceur et sa clémence, et qu’ainsi nous faisons voir que nous sommes ses enfants; de sorte qu’il nous donne cette marque, pour nous le certifier. D’un autre côté, il nous fait entendre que lorsqu’il nous jugera, nous ne nous devons attendre qu’à une entière rigueur et à une sévérité inexorable, si nous ne sommes faciles à pardonner et à faire grâce à ceux qui sont coupables envers nous.

286 Q: Vous entendez donc que Dieu désavoue ici, pour ses enfants, ceux qui ne peuvent oublier les offenses qu’on leur fait; afin qu’ils ne s’attendent pas d’être participants de cette grâce?

R: Qui, et afin que tous sachent qu’ils seront mesurés de la même mesure dont ils auront mesuré les autres.


43ème Dimanche

287 Q: Qu’est-ce qui suit?

R: Ne nous induis point en tentation: mais délivre-nous du malin.

288 Q: Ne faites-vous qu’un seul article de cette demande?

R: Oui; parce que la seconde partie est l’explication de la première.

289 Q: Quelle en est la substance?

R: Que Dieu ne nous laisse pas succomber au mal, et qu’il ne permette pas que nous soyons vaincus par le démon, ni par les mauvaises convoitises de la chair, qui combattent contre nous; mais qu’il nous donne la force de résister, en nous soutenant par sa main, et en nous tenant sous sa sauvegarde, pour nous défendre et pour nous conduire.

290 Q: Comment cela se fait-il?

R: Quand il nous gouverne par son Esprit, pour nous faire aimer le bien et haïr le mal, suivre la justice, et fuir le péché. Car c’est par la vertu du Saint-Esprit que nous surmontons le diable, le péché et la chair.

291 Q: Cela est-il nécessaire à tous?

R: Oui; parce que le démon tourne toujours autour de nous, comme un lion rugissant, prêt à nous dévorer: et nous sommes si faibles et si fragiles, qu’il nous aurait incontinent abattus, si Dieu ne nous fortifiait pour nous faire triompher.

292 Q: Que signifie le mot de tentation?

R: Les ruses et les artifices dont le démon se sert pour nous surprendre; parce que notre entendement est sujet à être trompé, et à nous tromper, et que notre volonté est plus portée au mal qu’au bien.

293 Q: Mais pourquoi demandez-vous à Dieu qu’il ne nous induise point au mal, puisque c’est là le propre office du démon?

R: Comme Dieu, par sa miséricorde, conserve ses fidèles, et qu’il ne permet pas que le démon les séduise, ni que le péché les surmonte; aussi ceux qu’il veut punir, non seulement il les abandonne et retire sa grâce d’eux, mais encore il les livre au diable pour être sujets à sa tyrannie; il les aveugle, et les abandonne à leur sens réprouvé.

294 Q: Que veut dire cette addition, Car à toi est le règne, la puissance et la gloire aux siècles des siècles?

R: C’est pour nous remettre encore une fois en mémoire, que le fondement de nos prières est bien plus en Dieu même, sur sa puissance et sur sa bonté, qu’en nous, qui ne sommes pas dignes d’ouvrir la bouche pour le prier, et pour nous apprendre aussi à finir toutes nos prières par les louanges de Dieu.


44ème Dimanche

295 Q: N’est-il pas permis de demander autre chose que ce qui vient d’être proposé?

R: Quoiqu’il nous soit libre d’user d’autres paroles, et d’autre forme et manière de prière, aucune ne sera pourtant agréable à Dieu, si elle ne se rapporte à celle-ci, comme à la règle unique de bien prier.

IV. Des Sacrements (296-373)

296 Q: Venons à la quatrième partie de l’honneur que nous devons rendre à Dieu.

R: Nous avons dit que c’est de le reconnaître de cœur, et de le confesser de bouche, Auteur de tout bien, pour le glorifier.

297 Q: Ne nous a-t-il pas donné quelque règle là-dessus?

R: Toutes les louanges et toutes les actions de grâces, contenues dans l’Ecriture, nous doivent servir de règle et d’instruction.

298 Q: N’en a-t-il point touché quelque chose dans l’Oraison dominicale?

R: Oui : car en désirant que son nom soit sanctifié, nous désirons que toutes ses œuvres paraissent glorieuses, comme elles le sont en effet; de sorte que lorsqu’il punit, il soit tenu pour juste; lorsqu’il pardonne, il soit reconnu miséricordieux; et lorsqu’il accomplit ses promesses, pour véritable. En un mot qu’il n’y ait rien, absolument, en quoi sa gloire ne reluise; ce qui est lui attribuer la louange de tout bien.

299 Q: Que conclurons-nous de tout ce que nous avons dit?

R: Ce que la vérité elle-même nous apprend, et qui a été touché au commencement: savoir, que c’est ici la vie éternelle, de le connaître seul vrai Dieu, et celui qu’il a envoyé, Jésus-Christ; le connaître, dis-je, pour l’honorer dûment, afin qu’il nous soit non seulement Maître et Seigneur, mais aussi Père et Sauveur; et que réciproquement nous lui soyons enfants, et serviteurs, et un peuple consacré à sa gloire.


De la Parole de Dieu

45ème Dimanche

300 Q: Quel est le moyen de parvenir à un tel bien?

R: Il nous a laissé pour cet effet sa Sainte Parole, qui nous ouvre l’entrée de son royaume céleste.

301 Q: Où prenez-vous cette Parole?

R: Elle est contenue dans les Saintes Ecritures.

302 Q: Comment faut-il s’en servir pour en profiter?

R: Il faut la recevoir avec une pleine certitude de conscience, comme une vérité émanée du ciel, nous y soumettant avec docilité, l’aimant avec une affection vraie et entière, et l’imprimant dans nos cœurs pour la suivre, et nous y conformer.

303 Q: Tout cela est-il en notre pouvoir?

R: En aucune manière; mais c’est Dieu qui agit en nous de cette sorte, par son Sain t- Esprit.

304 Q: Ne faut-il pas que nous nous attachions avec soin à écouter et à lire la doctrine qui nous y est enseignée?

R: Sans doute; et en premier lieu que chacun en son particulier, s’y applique; surtout, que nous fréquentions les prédications, où cette Parole est exposée dans les assemblées des chrétiens.

305 Q: Croyez-vous qu’il ne suffise pas de la lire en particulier, mais qu’il faille aussi que tous s’assemblent pour entendre en commun la même doctrine?

R: Oui, lorsque Dieu nous en donne les moyens.

306 Q: Pourquoi?

R: Parce que Jésus-Christ a établi cet ordre dans son Eglise, non pour deux ni pour trois fidèles, mais pour tous généralement; et qu’il a déclaré que c’est là le seul moyen d’édifier et de maintenir son Eglise. Ainsi, il faut nous soumettre tous à cette règle, et ne vouloir pas être plus sages que notre Maître.

307 Q: Est-il donc nécessaire qu’il y ait des pasteurs?

R: Oui; et qu’on les écoute, en recevant de leur bouche, avec humilité, la doctrine du Seigneur: ce qui est si vrai, que quiconque les méprise, ou qui refuse de les écouter, rejette Jésus-Christ, et se sépare de la compagnie des fidèles.

308 Q: Mais suffit-il d’avoir une fois été instruit par eux, ou s’il faut continuer?

R: Ce n’est rien de commencer, si l’on ne continue et ne persévère jusqu’à la fin : car nous avons toujours besoin d’être dans l’école de Jésus-Christ; et il a établi les ministres de l’Eglise, pour nous instruire en son nom.


Des Sacrements

46ème Dimanche

309 Q: N’y a-t-il point d’autres moyens que la Parole, par lequel Dieu se communique à nous?

R: Il a joint les sacrements à la prédication de sa Parole.

310 Q: Qu’est-ce qu’un sacrement?

R: C’est une marque extérieure de la grâce de Dieu qui, par un signe visible, nous représente les choses spirituelles, pour imprimer les promesses de Dieu plus fortement dans nos cœurs, et pour nous en rendre plus certains.

311 Q: Comment se peut-il qu’un signe visible et matériel ait la vertu d’assurer la conscience?

R: Il ne l’a pas de lui-même, mais en tant qu’il est établi de Dieu pour cette fin.

312 Q: Puisque c’est l’office du Saint-Esprit de sceller les promesses de Dieu dans nos cœurs, pourquoi attribuez-vous cet effet aux sacrements?

R: Il y a une grande différence entre l’un et l’autre; car l’Esprit de Dieu est véritablement le seul qui puisse toucher et émouvoir nos cœurs, illuminer nos entendements, et assurer nos consciences; de sorte que tous ces effets doivent être regardés comme son propre ouvrage, afin que toute la louange lui en soit rendue. Mais le Seigneur ne laisse pas de se servir des sacrements, comme d’instruments inférieurs, ainsi que bon lui semble, sans que la vertu de son Esprit en souffre aucune diminution.

313 Q: Vous entendez donc que l’efficace des sacrements ne consiste pas dans l’élément extérieur, mais qu’elle procède toute de l’Esprit de Dieu?

R: Oui; de la manière dont il plaît à Dieu d’agir, par les moyens qu’il a institués, sans déroger à sa puissance.

314 Q: Qu’est-ce qui engage Dieu à cela?

R: Il le fait pour soulager notre faiblesse. Car si nous étions d’une nature spirituelle, comme les anges, nous serions en état de contempler spirituellement, tant lui, que ses grâces; mais comme nous sommes enveloppés de nos corps, nous avons besoin qu’il se serve de figures, pour nous représenter les choses spirituelles et célestes; autrement nous ne les saurions comprendre. Aussi nous est-il nécessaire que tous nos sens soient exercés dans ces saintes promesses pour en affermir en nous la persuasion.


47ème Dimanche

315 Q: Puisque Dieu a institué les sacrements pour notre besoin, n’y aurait-il pas de l’orgueil et de la présomption à croire qu’on pût s’en passer?

R: Sans doute. Et quiconque s’abstient volontairement de l’usage des sacrements, croyant qu’il n’en a pas besoin, méprise Jésus- Christ, rejette sa grâce et éteint son Saint- Esprit.

316 Q: Mais quelle assurance de grâce peuvent donner les sacrements, puisque les bons et les méchants les reçoivent également?

R: Quoique les incrédules et les méchants anéantissent la grâce qui leur est présentée dans les sacrements, il ne s’ensuit pas que leur nature et leur efficacité ne soient telles que nous venons de le dire.

317 Q: Comment donc? Et quand est-ce que les sacrements produisent leur effet?

R: Quand on les reçoit avec foi, en y cherchant seulement Jésus-Christ et sa grâce.

318 Q: Pourquoi dites-vous que nous y devons chercher Jésus-Christ?

R: Pour marquer que nous ne devons pas nous arrêter au signe visible pour y rechercher notre salut, ni nous imaginer qu’il y ait en lui quelque vertu renfermée; mais qu’il faut, au contraire, que nous recevions le signe comme une aide, qui nous conduise directement au Seigneur Jésus-Christ, pour chercher en lui le salut et la solide félicité.

319 Q: Puisque la foi y est nécessaire, pourquoi dites-vous qu’ils nous sont donnés pour nous affermir dans la foi, en nous assurant des promesses de Dieu?

R: Il ne suffit pas que la foi soit commencée en nous, il faut qu’elle y soit nourrie et entretenue, et même qu’elle croisse chaque jour, et soit augmentée en nous. C’est donc pour la nourrir, la fortifier et la faire croître, que Dieu nous donne les sacrements; ce que saint Paul marque en disant que leur usage est de sceller les promesses de Dieu dans nos cœurs.

320 Q: Mais n’est-ce pas en nous une marque d’infidélité, si les promesses de Dieu ne nous paraissent pas assez fermes d’elles-mêmes, sans autre appui?

R: C’est une marque de la petitesse et de l’infirmité de la foi, laquelle se trouve aussi dans les enfants de Dieu, qui ne laissent pourtant pas d’être fidèles, quoiqu’ils ne le soient pas encore dans la perfection; car pendant que nous sommes dans ce monde, il y a toujours quelques restes de défiance dans notre chair; et c’est pour cela que nous devons toujours avancer et faire de nouveaux progrès.


48ème Dimanche

321 Q: Combien y a-t-il de sacrements dans l’Eglise chrétienne?

R: Il n’y en a que deux, que le Seigneur Jésus a institués pour toute la société des fidèles.

322 Q: Que sont-ils?

R: Le baptême et la sainte cène.

323 Q: Quelle convenance y a-t-il entre eux, et en quoi diffèrent-ils?

R: Le baptême nous est comme une entrée dans l’Eglise de Dieu : car il nous assure que Dieu, au lieu que nous lui étions étrangers, nous reçoit pour ses domestiques. La cène nous est un témoignage que Dieu nous veut nourrir, comme un bon père de famille a soin de nourrir ceux de sa maison.

324 Q: Pour avoir une plus claire intelligence de l’un et de l’antre de ces sacrements, traitons de chacun à part. Premièrement, quelle est la signification du baptême?

R: Elle a deux parties. Le Seigneur nous y représente, et la rémission de nos péchés, et notre régénération, ou notre renouvellement spirituel.


49ème Dimanche

325 Q: Quel rapport a l’eau avec ces choses pour les représenter?

R: C’est que la rémission des péchés est une espèce de purification, par laquelle nos âmes sont nettoyées, comme les ordures du corps le sont par l’eau.

326 Q: Que dites-vous de l’autre partie de la signification du baptême?

R: Le commencement de notre régénération est que notre nature soit mortifiée; et les suites en sont que nous soyons faits de nouvelles créatures par l’Esprit de Dieu. Ainsi, l’eau est répandue sur nous en signe de mort; de manière pourtant, que la résurrection nous est aussi figurée, en ce que cela se fait seulement pour un moment, et non pas pour nous noyer dans l’eau.

327 Q: Vous n’entendez donc pas que ce soit l’eau qui lave nos âmes?

R: Non; car cet effet appartient seulement au sang de Jésus-Christ, qui a été répandu pour effacer toutes nos souillures, et pour nous rendre purs et sans tache devant Dieu : ouvrage qui s’accomplit en nous, quand nos consciences en sont arrosées par le Saint- Esprit; ce qui nous est confirmé par le sacrement.

328 Q: Voulez-vous dire que l’eau en soit seulement une figure?

R: C’est une figure, mais à laquelle est jointe en même temps la vérité. Car Dieu ne nous promet rien en vain: c’est pourquoi il est certain que la rémission des péchés nous est offerte dans le baptême, et que nous l’y recevons en effet.

329 Q: Cette grâce s’accomplit-elle indifféremment en tous?

R: Non : car plusieurs l’anéantissent par leur perversité; et néanmoins le sacrement ne laisse pas d’être d’une telle nature, quoiqu’il n’y ait que les fidèles qui en sentent l’efficacité.

330 Q: D’où la régénération prend-elle sa vertu?

R: De la mort et de la résurrection de notre Seigneur Jésus-Christ : car sa mort a cette vertu, que par elle notre vieil homme est crucifié, et notre nature vicieuse comme ensevelie; en sorte qu’elle n’a plus la force de régner au-dedans de nous. C’est aussi de sa résurrection que procède la nouvelle vie, qui nous met en état d’obéir à la justice de Dieu.

331 Q: Comment cette grâce nous est-elle appliquée dans le baptême?

R: En ce que nous y sommes revêtus de Jésus-Christ, et que nous y recevons son Esprit, pourvu que nous ne nous rendions pas indignes des promesses qui nous y sont faites.


50ème Dimanche

332 Q: Quel est, de notre part, le légitime usage du baptême?

R: Il consiste dans la foi, et dans la repentance, c’est-à-dire que nous nous tenions assurés d’avoir notre pureté spirituelle en Jésus-Christ, que nous sentions en nous, et que nous fassions connaître à nos prochains, par nos œuvres, que son Esprit habite en nous, pour mortifier nos propres désirs, et pour nous porter à suivre la volonté de Dieu.

333 Q: Puisqu’il faut être en cet état, d’où vient qu’on baptise les petits enfants?

R: On ne dit pas que la foi et la repentance doivent toujours précéder la réception du sacrement, mais seulement qu’elles doivent se trouver en ceux qui en sont capables. A l’égard des petits enfants, il suffit qu’ils produisent et fassent paraître le fruit de leur baptême, lorsqu’ils sont parvenus à l’âge de connaissance.

334 Q: Comment faites-vous voir qu’il n’y a aucun inconvénient en cela?

R: Je le fais voir, parce que la circoncision était de même un sacrement de pénitence, comme Moïse et les prophètes le déclarent; et un sacrement de foi, comme dit saint Paul : cependant Dieu n’en a pas exclu les petits enfants.

335 Q: Mais peut-on montrer qu’il y ait la même raison de les admettre au baptême, qu’il y avait de les admettre à la circoncision?

R: Oui; car les promesses que Dieu avait faites anciennement à son peuple d’Israël, sont à présent étendues à tout le monde.

336 Q: Mais s’ensuit-il que nous devions user du signe?

R: Oui, tout bien considéré: car Jésus-Christ ne nous a pas fait participants de la grâce qui était donnée auparavant au peuple d’Israël, pour la diminuer en nous, ou pour la rendre plus obscure qu’elle n’était; mais plutôt il l’a augmentée et éclaircie.

337 Q: Entendez-vous que si nous ne donnions pas le baptême aux petits enfants, la grâce de Dieu serait diminuée par la venue du Seigneur Jésus?

R: Oui; car nous n’aurions pas le signe, qu’ont eu les anciens, de la bonté et de la miséricorde de Dieu sur les enfants, lequel sert beaucoup à notre consolation, et à nous confirmer la promesse qui nous a été faite dès le commencement.

338 Q: Vous voulez donc dire que puisqu’autrefois Dieu, en se déclarant le Sauveur des petits enfants, a voulu que cette promesse fût scellée en leur corps, par un sacrement extérieur, il est très convenable qu’il n’y ait pas moins d’assurance à cet égard, depuis la venue de Jésus-Christ; car la même promesse demeure toujours, et est même plus clairement confirmée de parole, et ratifiée de fait.

R: C’est ainsi qu’il faut l’entendre. Et, d’ailleurs, puisqu’il est constant que les petits enfants ont part à la substance, ou à l’efficacité lu baptême, ou leur ferait tort de leur refuser le signe, qui est inférieur à la chose signifiée.

339 Q: Sous quelle condition doit-on baptiser les petits enfants?

R: On doit leur administrer le baptême comme un signe et un témoignage qu’ils sont héritiers de la bénédiction, que Dieu a promise à la postérité des fidèles; afin qu’étant parvenus à l’âge de discrétion, ils reconnaissent la vérité de leur baptême, pour en profiter.


51ème Dimanche

340 Q: Parlons maintenant de la Cène, et dites-moi premièrement quelle en est la signification?

R: Notre-Seigneur l’a instituée pour nous assurer que, par la communication de son corps et de son sang, nos âmes sont nourries dans l’espérance de la vie éternelle.

341 Q: Pourquoi le Seigneur nous représente-t-il son corps par le pain, et son sang par le vin?

R: Pour marquer que son corps est à nos âmes, ce que le pain est à nos corps; que, comme c’est le propre du pain de nourrir et le soutenir nos corps dans cette vie mortelle, son corps a la vertu de nourrir nos âmes et de les vivifier spirituellement; et que, comme le vin fortifie le corps de l’homme et le réjouit, aussi le sang de Jésus-Christ est notre joie et notre vertu spirituelle.

342 Q: Entendez-vous qu’il nous faille participer vraiment au corps et au sang du Seigneur?

R: Oui; car, puisque toute l’assurance de notre salut consiste en l’obéissance qu’il a rendue à Dieu son père, parce qu’elle nous est imputée comme si elle était nôtre, il faut que nous le possédions; ses biens n’étant pas à nous, si auparavant il ne se donne lui-même à nous.

343 Q: Mais ne s’est-il pas donné à nous, quand il s’est livré à la mort pour nous réconcilier avec Dieu son Père, et pour nous délivrer de notre condamnation?

R: Il s’est donné à nous; mais cela ne suffit pas, si de notre part nous ne le recevons, pour sentir en nous-mêmes le fruit et la vertu de sa mort.

344 Q: La manière de le recevoir, n’est-ce pas par la foi?

R: Oui; en croyant que non seulement il est mort et ressuscité pour nous délivrer de la mort éternelle, et pour nous acquérir la vie; mais encore, qu’il habite en nous, et que nous sommes unis et joints avec lui, de la même manière que la tête l’est avec les autres membres du corps, afin que, par le moyen de cette union, nous ayons part à toutes ses grâces.


52ème Dimanche

345 Q: Cette communion ne se fait-elle que dans la Cène?

R: Nous l’avons aussi par la prédication de l’Evangile, comme le dit saint Paul: en tant que le Seigneur Jésus nous y assure que nous sommes de sa chair et de ses os; qu’il est le pain de vie qui est descendu du ciel pour nourrir nos âmes; que nous sommes un avec lui, comme il est un avec son Père; et autres choses de cette nature.

346 Q: Qu’avons-nous donc de plus dans le sacrement?

R: C’est que cette communion nous y est plus amplement confirmée et ratifiée; car, quoique Jésus-Christ nous soit vraiment communiqué et par le baptême, et par I’ Évangile, ce n’est qu’en partie, et non pas pleinement.

347 Q: Que recevons-nous donc en recevant le signe du pain?

R: C’est que le corps du Seigneur Jésus, en ce qu’il a été offert une fois en sacrifice pour nous réconcilier avec Dieu, nous y est donné pour nous confirmer que nous avons part à cette réconciliation.

348 Q: Que nous représente le signe du vin?

R: Que le Seigneur Jésus nous donne son sang à boire, en tant qu’il l’a une fois répandu pour le prix et la satisfaction de nos offenses, afin que nous ne doutions pas que nous n’en recevions le prix.

349 Q: Selon vos réponses, la Cène nous renvoie à la mort et à la Passion de Jésus-Christ, afin que nous ayons part à la vertu de cette mort.

R: Oui; car c’est alors qu’a été fait le sacrifice unique et perpétuel pour notre rédemption. C’est pourquoi aussi il ne reste plus que d’en avoir la jouissance.

350 Q: La Cène n’est donc pas instituée pour faire une oblation du corps de Jésus à Dieu son Père?

R: Non; car il n’y a que lui seul à qui cet office appartienne, en tant qu’il est sacrificateur éternel. Il nous commande seulement de recevoir son corps et non de l’offrir.


53ème Dimanche

351 Q: Pourquoi y a-t-il un double signe?

R: Notre-Seigneur a eu égard en cela à notre faiblesse; pour nous faire connaître qu’il est non seulement viande, mais aussi breuvage, à nos âmes, afin que nous cherchions notre nourriture pleine et entière en lui et non ailleurs

352 Q: Tous, indifféremment, doivent-ils prendre ce second signe, c’est-à-dire la coupe?

R: Oui, suivant le commandement de Jésus-Christ, contre lequel il n’est pas permis de rien entreprendre.

353 Q: N’avons-nous, dans la Cène, que la simple représentation des choses ou nous y sont-elles vraiment données?

R: Jésus-Christ étant la vérité même, il ne faut pas douter que les promesses qu’il fait dans la Cène, n’y soient accomplies; et que ce qu’il y figure, ne s’y effectue véritablement. Ainsi, suivant qu’il nous le promet et nous le représente, je ne doute pas qu’il ne nous rende participants de sa propre substance, pour nous unir à lui dans une même vie.

354 Q: Mais comment cela se peut-il faire, puisque le corps de Jésus-Christ est au ciel, et que nous sommes dans ce pèlerinage terrestre?

R: Cela se fait par la vertu incompréhensible de son esprit, laquelle peut bien joindre les choses séparées par la distance des lieux.

355 Q: Vous n’entendez donc pas que le corps soit enfermé dans le pain, ni le sang dans la coupe?

R: Non; mais qu’au contraire, pour avoir la vérité représentée par le sacrement, il faut élever nos cœurs en haut au ciel, où est Jésus-Christ, dans la gloire de son Père, et d’où nous l’attendons pour notre rédemption; et non pas le chercher dans les éléments corruptibles.

356 Q: Vous entendez donc qu’il y a deux choses dans ce sacrement : l’une, le pain et le vin matériel, que nous voyons de nos yeux, que nous touchons de nos mains et que nous sentons au goût; l’autre, Jésus-Christ, dont nos âmes sont nourries intérieurement.

R: Oui; de manière, néanmoins, que nous y avons aussi un témoignage, et comme une arrhe de la résurrection de nos corps; en ce qu’ils sont faits participants du pain et du vin, qui sont des signes de la vie.


54ème Dimanche

357 Q: Que faut-il faire pour bien communier?

R: Il faut faire ce que dit saint Paul, c’est que l’homme s’éprouve soi-même, avant que d’approcher de la table du Seigneur.

358 Q: Sur quoi se doit-on éprouver?

R: Il faut s’examiner, pour savoir si l’on est vrai membre de Jésus-Christ.

359 Q: A quelles marques le pourra-t-on connaître?

R: Si l’on a une vraie foi, et une repentance sincère; si l’on aime ses prochains avec une véritable charité; et si l’on est exempt de haine, d’aigreur, d’animosité et de tout esprit de discorde.

360 Q: Est-il nécessaire d’avoir une foi et une charité parfaites?

R: Il faut que l’une et l’autre soient sincères et non feintes; mais il serait impossible de trouver, parmi les hommes, une perfection à laquelle il n’y eût rien à redire. La Cène aussi serait instituée en vain, si personne n’était capable de la recevoir, à moins que d’être entièrement parfait.

361 Q: L’imperfection donc ne doit pas nous empêcher d’en approcher?

R: Au contraire; le sacrement nous serait inutile si nous étions parfaits; car il est une aide et un soulagement à notre faiblesse.

362 Q: Ces deux sacrements sont-ils destinés à ce seul usage?

R: Ils sont outre cela des signes et des marques de notre profession; c’est-à-dire que par ces marques nous protestons que nous sommes du peuple de Dieu, et nous faisons profession d’être chrétiens.

363 Q: Que faudrait-il donc juger d’un homme qui ne voudrait point participer aux sacrements?

R: Il ne faudrait pas le tenir pour chrétien, parce qu’en se conduisant de cette manière il refuserait de se déclarer tel, et désavouerait tacitement notre Seigneur Jésus- Christ.

364 Q: Suffit-il de recevoir une fois, l’un et l’autre de ces sacrements?

R: Le baptême n’est ordonné que pour une seule fois; de sorte qu’il n’est pas permis de le réitérer; mais il n’en est pas de même de la Cène.

365 Q: Quelle en est la raison?

R: Parce que, par le baptême, Dieu nous introduit et nous reçoit dans son Eglise; mais, après nous y avoir reçus, il nous marque, par la cène, qu’il nous veut nourrir continuellement.


55ème Dimanche

366 Q: A qui appartient-il, soit de baptiser, soit d’administrer la Cène?<

R: A ceux qui ont dans l’Eglise la charge publique d’enseigner; car, prêcher la parole, et distribuer les sacrements, sont des choses jointes ensemble.

367 Q: Pouvez-vous le prouver par l’Ecriture?

R: Oui; car Notre-Seigneur donne spécialement à ses apôtres la charge de baptiser et de prêcher. Et, quant à la Cène, il commande que nous la célébrions à son exemple. Or il avait fait l’office de ministre, en la donnant aux autres.

368 Q: Les pasteurs, qui sont les dispensateurs des sacrements, y doivent-ils, admettre, sans distinction, tous ceux qui s’y présentent?

R: A l’égard du baptême, puisqu’on ne l’administre aujourd’hui qu’aux petits enfants, il n’est pas nécessaire d’y apporter de la distinction; mais, à l’égard de la cène, il faut que le ministre prenne garde de ne pas la donner à un homme qui en serait reconnu publiquement indigne.

369 Q: Pourquoi?

R: Parce que ce serait déshonorer et profaner le sacrement.

370 Q: Mais Notre-Seigneur y a bien reçu Judas, quelque méchant qu’il fût.

R: Son iniquité était encore cachée; et, quoique Notre-Seigneur la connût, elle n’était pas connue de tous.

371 Q: Comment donc se conduire à l’égard des hypocrites?

R: Le ministre ne peut pas les exclure comme indignes; et il doit attendre que le Seigneur ait fait connaître leur méchanceté.

372 Q: Et s’il en connaît quelques-uns d’indignes, ou qu’il en soit averti?

R: Cela ne suffit pas pour les exclure, à moins qu’il n’y ait des preuves suffisantes, et un jugement de l’Eglise.

373 Q: Il faut donc qu’il y ait quelque ordre et quelque police pour cela?

R: Oui, si l’Eglise est bien réglée : savoir, qu’on choisisse des personnes propres à veiller sur les scandales qui peuvent arriver; et que ces personnes, en l’autorité de l’Eglise, interdisent la communion à ceux qui ne sont pas en état de la recevoir, et à qui on ne la peut donner, sans déshonorer Dieu, et scandaliser les fidèles.