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CR 8 : Fidei Ratio

Latin

 

Français moderne

1.

1 Je crois et je sais qu‘existe un Dieu unique et seul, et qu‘il est par nature bon, vrai, puissant, juste, sage, cérateur et curateur de toutes les choses visibles et invisibles; quil est Père, Fils et Saint-Esprit, trois personnes certes, mais d‘une essence unique et simple. En cc qui concerne la Divinité même, et les trois noms ou personnes, je suis en complet accord, point par point, avec cc qu‘exposent les symboles tant de Nicée que d‘Athanase.

2 Je crois et je comprends que le Fils a assumé la chair en recevant véritablement de 1‘immaculté et perpétuellement vierge Marie la nature humaine, ou, pour micux dire, l‘homme tout entier, composé d‘un corps et d‘une âme. Et cela, de telle façon que cet homme entier a été assumé dans l‘unité de l‘hypostase, ou personne, du Fils de Dieu, en sorte que l‘homme n‘a pas constitué une personne particulière mais a été assumé en la personne inséparable, indivisible et indissociable du Fils de Dieu.

3 Bien que chacune des deux natures, la divine et l‘humaine, ait conserve son caractère et ses propriétés, de sorte que l‘une et 1‘ autre se rtouvent être véritablement et natu­rellement en lui, les propriétés et les activités distinctes de ces natures ne divisent pourtant pas 1‘unité de sa personne, pas plus que dans l‘homrne 1‘âme et la chair ne constituent deux personnes. En effet, 1‘âme et la chair sont de nature tres différente, leur pouvoir s‘exerce par des propriétés et des actions éga1ement différentes pourtant l‘homme, qui en est composé, n‘est pas deux personnes, mais une. Ainsi, un seul Christ est Dieu et homme, fils de Dieu de toute éternité, et de l‘homme depuis la dis­pensation du temps pour 1‘éternité. Une seule personne, un seul Christ, parfaitement Dieu, parfaitement homme. Non qu‘une nature devienne autre, ou que ces natures se confondent entre elles. L‘une et l‘autre demeurent en propre, sans que l‘unité de la personne soit cependant rompue par cette propriété. Un seul et même Christ, en raison du caractère de la nature humaine, vagit, grandit en taille, croit en sagesse, a faim, a soif, mange, boit, a chaud, a froid, est battu, transpire, est blessé, est tué, a peur, s’attriste, supporte toutes les autres choses qui tiennent à la punition et au châtiment du pé­ché (car, du péché lui-même, il est totalement éloigné). D‘autre part, le même, en rai­son de la propriété de la nature divine, avec le Pèrè, régit le plus haut et le plus bas, pénètre, soutient, favorise tout, rend la vue aux aveugles, rétablit les boiteux, rappelie les morts, terrasse ses ennemis d‘un simple mot ; mort lui-même, il recouvre la vie, gagne le ciel, envoie de 1ui-même 1‘Esprit Saint. Tout cela, un seul et même Christ l‘accomplit, bien que ses actes soient difféents en nature et en caractère. Il demeure l‘unique personne du Fils de Dieu, au point qu‘on impute parfois, en raison de 1‘unit et du parfait achèvement de sa personne, ce qui relève de sa nature divine à sa nature humaine, et qu‘on parle quelquefois de ce qui re1ève de sa nature humaine à propos de sa nature divine. Il se disait fils de l‘homme dans le ciel, alors qu‘il n‘était pas encore montè au ciel avec son corps. Pierre rapporte que le Christ a souffert pour nous, alors que seule 1‘humanité peut souffrir. Néanmoins, en raison de 1‘unité de sa personne, on dit en toute vérité: le Fils de Dieu a souffert, le fils de l‘homme remet les péchés. Car lui qui est fils de Dieu et de l‘homme en une seule personne a souffert en raison dc la propriété de la nature humaine; et lui qui est fils de Dieu et de l‘homme en une seule personne remet les péchés en raison de la propriéét de la nature divine.

4 En quel sens qualifions-nous l‘homme de sage, alors que Ie corps le compose tout autant que 1‘âme et que le corps, totalement éloigné de la sagesse, constitue même un poison et un obstacle pour la connaissance et l‘intelligence? Inversement, nous disons aussi de l‘homme que des blessures le lacèrent, alors que seul le corps peut recevoir des blessures, non 1‘âme. Sur ce point, personne ne prétend qu‘on fait de l‘homme deux personnes, en attribuant à chacune des deux parties ce qui lui revient; et per­sonne, non plus, ne prétend que les natures se confondent quand on affirme de tout l‘homme quelque chose qui, à cause de l‘unité de la personne, relvève bien de la tota­lité, mais qui, à cause de la propriété des parties, re1ève seulement d‘une seule de ces parties. Paul dit: Quand je suis faible, je suis fort. Or, qui est-ce qui est faible ? Paul. Qui, en même temps, est bien portant? Paul. N‘y a-t-il pas là une contradiction et une inconséquence indefendables? Pas du tout Paul, en effet, n‘est pas une seule na­ture, bien qu‘il soit une seule personne. Quand il dit: je suis faible‚ sans doute parle cette personne qui est Paul; pourtant, ces mots ne sont pas dits ni ne se comprennent de l‘une et l‘autre nature, mais de la faiblesse de la chair seulement. Ainsi, le Fils de Dieu est mort, lui qui est bien, en raison de l‘unit et de la simp1icité de sa personne, la fois Dieu et homme mais il est mort seulement selon son humanité. Je ne suis pas seul à penser de cette manière. Tous les orthodoxes, anciens ou modernes, ont eu le même avis tant au sujet de la Divinité elle même que des personnes et de la nature assume. Ont le même avis ceux qui, encore maintenant, reconnaissent la vérité.

2.

5 Je sais que cette Divinité souveraine, qui est mon Dieu, dècrète librement de toutes choses, sans que son dessein dépende du concours d‘ aucune créature. Il appartient, en effet, à 1‘ imparfaite sagesse humaine de deider la suite d’une déduction ou d‘un exemple. Pour sa part, Dieu, qui d‘un regard unique et simple voit tout depuis 1’éternité et pour toujours, n‘ a besoin de recourir à aucun raisonnement ni d‘attendre des faits. Egalement sage, prévoyant, bon, etc., il dècrète et dispose librement de toutes les choses. Elles sont siennes, en effet, quelles qu‘elles soient. Il s‘ensuit que à l‘origine, il a crée l‘homme tout en sachant et en prévoyant sa chute à venir. En même temps, il a décidé que son Fils revêtirait la nature humaine, pour réparer la chute. De cette façon, sa bonté se manifeste de tous côtés. Celle-ci, en effet, comprenant en elle la miséri­corde et la justicc, a exercé sa justice en chassant l’homme, cause de sa transgression, des demeures heureuses du paradis, en le liant au boulet du malheur humain et aux chaines des faiblesses, en 1’astreignant à la loi, qu‘il n‘ accomplira jamais pleinement, bien qu‘elle soit sainte. Deux fois misérable, l‘homme prend alors conscience que sa chair est tombée dans 1‘épreuve, mais, aussi, la crainte de la transgression de la loi torture son âme. Tout en voyant en effet, selon l‘esprit, que la loi est sainte, juste, messagère de la pensée divine, au point de ne rien préscrire d‘autre que ce quoi 1‘équité engage, il voit en même temps, que, par ses actcs, il ne satisfait pas l‘esprit de la loi. Il se condamne par son propre jugement, sans espoir désormais de posséder le bonheur. Désespéré d‘aller loin du regard de Dieu, il n’envisage rien que d‘avoir endurer le tourment du supplice éternel. Voilà jusqu‘où s‘est manifesté la justice de Dieu.

6 Mais, lorsque vint le temps de révéler sa bonté, qu‘il n‘avait pas moins décidé de montrer depuis l‘éternité que sa justice, Dieu a envoyé son Fils pour qu‘il assume notre nature sous tous ses aspects, sauf celui qui la porte au péché. Ainsi, devenu notre frère et notre égal, il peut être le médiateur qui offre pour nous un sacrifice agrdable la justice divine (qui ne doit pas demeurer moins sacro-sainte et inviolable que la bonté), afin d‘assurer par là le monde de l‘apaisement de la justice, et de la bienveillance pré­sente de Dieu. Puisqu‘il nous a donné son Fils, à nous et pour nous, comment, avec lui et par lui, ne nous donnerait-il pas tout ? Qu‘y a-t-il que nous ne devions pas attendre de lui. qui s‘abaissa jusqu’à nous au point d‘être non seulement notre égal, mais encore totalement nôtre? Qui peut assez admirer la puissance et la grâce de la divine bonté, par laquelle il a tant aimé le monde, c‘est-à-dire le genre humain, qu‘il a livré son Fils pour que le monde ait la vie? J‘estime que là résident la source et le coeur de l‘évangiIe, que l‘on trouve là, pour l‘âme abattue, le seul et unique remède, qui la rend à Dieu et à elle-même. Rien, en effet, ne peut lui donner la certitude de la grâce de Dieu, sinon Dieu lui-même. Or, il l‘a toute répondue sur nous avec tant de générosité, d‘abondance de prévoyance qu‘il n‘a rien laissé subsister que nous puissions désirer, à moins d‘oser réclamer au-delà de toute extrémité et de l‘abondance débordante.

3.

7 Je sais qu‘il n‘existe aucune autre victime pour expier les crimes que le Christ (même Paul n‘a pas été crucifié pour nous), qu‘il n‘y a aucun autre gage de la bonté et de la clémence divines qui soit plus certain et plus indubitable (rien, en effet, n‘est aussi sûr que Dieu). Il n‘y a sous le soleil aucun autre nom en qui nous devions être sauvés que celui de Jésus Christ. On rejette donc ici, d‘une part, la justification et la satisfaction par nos oeuvres, d‘autre part l‘expiation ou l‘intercession de tous les saints, demeurant soit sur la terre soit au ciel par la bonté et la miséricorde de Dieu. En effet, il y a un seul et unique médiateur entre Dieu et les hommes, le Christ Jésus, Dieu et homme. L‘élection de Dieu est arrêté et demeure constante. Ceux qu‘il a élus avant la fondation du monde, il les a élus de façon il les associer à lui par son fils. Tout autant que bon et miséricordieux, il est saint et juste. Aussi toutes ses oeuvres respirent-elles sa bonté et sa justice. Son élection respire, donc, nécessairement l‘une et l‘autre. Il élit, par sa bonté, ceux qu‘il veut, et par sa justice il adopte et s‘adjoint les élus en son fils, devenu pour nous victime, afin de satisfaire la justice divine.

4.

8 Je sais que la philautia, c‘est-à-dire l‘amour de soi-même, a entrainé l’ancêtre qui fut notre premier parent, jusqu‘ au point de dédsirer devenir l‘égal de Dieu, le diable lui suggérant, par jalousie, ce funeste dessein. Ce délit combiné, il mangea le fruit défendu et pernicieux, et tomba ainsi dans une faute et un crime dignes du chätiment capital, en étant devenu rebelle et hostile à son Dieu. Bien qu‘ il aurait pu le détruire, au simple nom de 1’équité. Dieu se montra meilleur et changea son châtiment en condition. Il fit un esclave de celui qu‘il aurait pu punir. Comme, de cette condition, ni lui-même ni personne né de lui ne pouvait se sortir (en effet, un esclave ne peut donner naissance qu‘un esclave), notre ancâtre a jeté toute sa postérité en esclavage pour avoir goûté ce fruit fatal.

9 Voici ce que je pense du péché originel. On parle avec exactitude de péché pour une action qui va contre la loi. En effet, là où il n‘y a pas de loi, il n‘y a pas de transgres­sion. Là où il n‘y a pas de transgression, il n‘y a pas de péché, pris au sens propre, de crime, délit, forfait ou faute. Je reconnais donc que notre père a commis un péché qui est véritablement un péché, c‘est-à-dire un crime, un délit et un sacrilège. Mais ceux qui sont né de lui n‘ont pas péché de cette façon. Qui de nous, en effet, a, dans le paradis, entamé de ses propres dents le fruit défendu? Donc, que nous le voulions ou non, nous sommes contraints d‘admettre que le péché originel, tel qu‘il est dans les fils d’Adam, n‘est pas proprement un péché, au sens précédemment exposé. Il ne consiste pas, en effet, en un forfait contre la loi. Il est, à proprement parler, une maladie et une condition. Une maladie, parce que, de même que l‘amour de soi a fait tomber Adam, de même il nous fait tomber nous aussi. Une condition, parce que, de même qu‘Adam est devenu esclave et sujet à la mort, de même nous naissons, nous aussi, esclaves, fils de la colère et sujets la mort.

10 Cependant, je ne m‘oppose nullement ce qu‘on appelle, selon l‘usage de Paul, péché cette maladie et condition. Il s‘ agit même d‘un péché d‘une nature telle que tous ceux qui naissent en lui sont les ennemis et les adversaires de Dieu. Là, en effet. les entraîne leur condition qui tient à la naissance, non l‘accomplissement d‘un crime, sinon dans la mesure où leur premier parent a accompli, une fois, ce crime. L‘état de rébellion et de mort a pour cause véritable le délit et le sacrilège qui a été commis par Adam, et qui est vraiment un péché. Mais c‘est un péché qui s‘attache à nous, en réalité une maladie et une condition, ou mieux la nécessité de mourir. Cela n’aurait jamais existé de par la naissance si un élit n‘avait corrompu la naissance. Le malheur humain vient donc d‘un délit, en tant qu‘il en est la cause, et non de la naissance; ou de la naissance au sens de ce qui découle d‘une origine et d‘une cause. La confirmation de cet avis s‘appuie sur une autoritè et un exemple. 1. Paul, en Rm 5, parle ainsi : Si, en effet, à cause du péché d‘un seul homme, la mort a régné par un seul, à plus forte raison … etc. Nous voyons que là, il prend péché en son sens propre. C‘est, en effet, par la faute du seul Adam que la mort est suspendue sur nos têtes. Au chap. 3, il dit: Car tous ont péché et sont privés de la gloire, c’est-à-dire de la bonté et de la libéralité de Dieu. Ici, il met péché pour maladie, condition et naissance, en sorte qu‘il est dit que nous péchhons tous, avant même de venir au jour, c‘est-à-dire que nous sommes dans une condition de péché et de mort avant même que nous ne péchions en acte. Ces mots du même Paul, en Rm 5, confirment de façon irréfutable cet avis: Mais la mort, depuis Adam jusqu‘à Moise a régné, ou s‘est étendue même sur ceux qui n‘avaient pas péché par une trans­gression sembiable à celle d‘Adam. Voici la mort sur nous, quand bien même nous n‘ avons pas péché comme Adam Pourquoi ? Parce qu‘il a péché. Mais nous, qui n‘avons pas péché de cette façon, pourquoi la mort nous détruit-elle? Parce qu‘ il mourut en raison du péché; et c‘est en homme qui mourut, c‘est-à-dire en homme soumis la mort, qu‘il nous a engendrés. Nous mourons donc nous aussi, mais par sa faute, en fait par notre condition et notre maladie, ou, si l‘on préfère, par notre péché, mais en ne pre­nant pas le mot au sens propre.

11 Voici l‘exemple. Un prisonnier de guerre a mérité, par son comportement perfide et haineux, q’on le garde comme esclavc. Ses descendants deviennent oikétai, c‘cet-à-dire ésclaves nés dans la maison, ou éselaves d‘un seigneur, non à. cause d‘une faute, d‘un crime ou d’un délit, mais par leur condition qui découle d‘une faute. Car le parent dont ils sont nés avait, par son crime, mérité ce sort. A leur naissance, ils ne sont pas criminels, mais ils subissent la punition et le châtiment d‘un crime, c’est-à-dire une condition, la servitude de la détention. S‘il plaît d‘appeler cela un crime, parce qu’in­fligé en raison d‘un crime, je n‘ai pas d’objection. Je reconnais que ce péché originel se trouve de naissance, par condition et par contagion, chez tous ceux qui naissent de 1‘ union de l‘homme et de la femme. Et je sais que nous sommes par nature fils de la colère. mais je ne doute pas que par la grâce, qui a restauré la chute par le second Adam, le Christ. nous ne soyons reçus parmi les enfants de Dieu, de la façon qu’expo­sera le point suivant.

5.

12 Le second Adam nous rétablit dans la vie en Christ, de même que le premier nous a livrés à la mort. Il en résulte clairement qu‘ il est inconsidéré de damner les enfants nés de parents chrétiens, et même les enfants des païens. Puisque, en effet, Adam a pu perdre l‘ensemble du genre humain par son péché, le salut donné en retour par le Christ ne se situerait pas au même niveau, si Je Christ, par sa mort, ne rendait pas la vie à l‘ensemble du genre humain ni ne le rachetait entèirement du désastre provoqué par Adam. Dans ce cas (mais bin de nous cette pensde!)‚ il ne serait pas vrai que de même qu‘ en Adam tous meurent, de même en Christ tous sont rétablis dans la vie. Quoi que l‘on doive penser à propos des enfants des païens, nous affirmons en tout cas, en raison de la valeur du salut garanti par le Christ, que ceux qui les vouent à la malédiction éternelle s‘ avancent beaucoup trop, d‘une part pour la raison. déjà dite. dc la rédemption. d‘autre part en raison de la libre élection de Dieu. Cette élection ne résulte pas de la foi; c’est la foi qui résulte de l‘élection. Nous traiterons de cette que­stion au point suivant. Car ceux qui ont été élus de toute éternité l‘ont évidemment été avant même d‘avoir la foi. Nous ne devons, donc, pas damner inconsidérément ceux qui n‘ont pas la foi en raison de leur âge. Car, bien qu‘ils n‘aient pas encore la foi, l‘élection de Dieu nous reste cachée. Si, au regard de Dieu, ils ont été élus, nous por­tons des jugements hâtifs sur ce que nous ne connaissons pas.

13 Pour les enfants des chrétiens, nous argumentons autrement. Les enfants des chrétiens, tous autant qu‘ils sont, appartiennent à l‘église du peuple de Dieu. Ils font partie et sont membres de cette église. Nous le prouvons ainsi. Le témoignage de presque tous les prophètes assure que l‘église issue des païens doit se réunir à celle du peuple de Dieu. Et le Christ lui-même a dit: Ils viendront de l‘orient et de l‘occident, et pren­dront place à table avec Dieu, Abraham, Isaac et Jacob, et: Allez par le monde entier … etc. Or, les enfants des Juifs appartenaient autant à 1‘église des Juifs que les Juifs eux-mêmes. Nos enfants n‘appartiennent en rien moins à l‘église du Christ qu’autre­fois les enfants n‘ appartenaient à 1‘église des Juifs. S‘ il en allait autrement, la pro­messe ne serait plus valable, puisque nous ne prendrions pas place à table avec Dieu au même titre qu‘Abraham. Celui ci, en effet, faisait partie de l‘église avec ses descendants selon la chair. St nos enfaflts ne sont pas mis sur le même rang que leurs parents, le Christ serait alors avare et jaloux envers nous, puisqu‘ il nous refuserait ce qu‘ il a accordé i nos ancêtres. Parler ainsi est une impiété; autrement, toute prophétie sur l’appel des païens deviendrait nulle. Puisque les enfants des chrétiens n‘appartiennent pas moins à 1‘église visible du Christ que les adultes, il est clair qu‘ ils ne sont pas moins que leurs parents du nombre de ceux que nous jugeons élus. En conséquence, je juge que font preuve d‘impiété et de présomption ceux qui vouerit les enfants des chrétiens aux malédictions, contre taut de témoignages manifestes de l‘Écriture, qui affirment que l‘église issue des païens ne sera pas seulement àgale, mais supérieure à celle des Juifs. Tout cela va maintenant s‘ éclairer, puisque nous allons exposer ce que nous croyons à propos de l‘église.

6.

14 Voici, maintenant, ce que nous pensons de l‘église. Dans les Écritures, le mot église a des sens divers. Il peut désigner les élus que la volonté de Dieu a destinés à la vie éternelle. Paul parle de cette ég1ise, quand il dit qu‘elle n‘ a ni ride ni tache. Seul Dieu la connaît, car. seul, en effet, selon le mot de Salomon, il sonde les coeurs des fils des hommes. Toutefois, ceux qui lui appartiennent se savent, pour leur part, élus et membres de cette église, en raison de leur foi. Ils ignorent qui d‘autre en fait partie. Car il est écrit dans les Actes: Tous ceux qui avaient été destinés à la vie éternelle crurent. Donc, ceux qui croient ont été destinés é la vie éternelle. Mais personne ne connait ceux qui croient véritablement, sinon celui qui croit. Celui-là a déjà 1’assu­rance d‘être un élu de Dieu, car il a reçu, selon le mot de I‘apôtre, un gage de 1‘Esprit. Le sceau de la promesse 1‘a marqué, et il se sait vraiment homme libre, devenu fils dc familie, non un esclave. Cet Esprit, en effet, ne peut tromper. S‘il nous persuade que Dieu est notre Père, et si nous 1‘appelons, avec conviction et assurance, Père, et que nous sommes certains de recevoir un jour l’héritage éternel, alors il est sûr que l‘Esprit du Fils de Dieu s‘est répandu dans nos coeurs. Celui qui a une si grande certi­ude et garantie est, à coup sûr, un élu. Ceux qui croient, en effet, ont destins la vie éternelle, bien que, d‘autre part, beaucoup aient élus, sans avoir encore la foi. La divine theotokos Jean, Paul, encore enfants et tout-petits, n‘avaient-ils pas été élus, et cela avant la fondation du monde? Mais ils ne le savaient ni par foi, ni par révélation. Matthieu, Zachée, le larron et Madeleine n‘avaient-ils pas été élus avant la fondation du monde? Ils ne l‘ont pourtant pas su, jusqu‘à ce que 1‘Esprit les ait éclairés et que le Père les ait attirés au Christ. On en conclut que Dieu seul connait cette première église, et que seuls ceux qui ont une foi assurée et inébranlable se savent membres de cette église.

15 On prend encore le mot église dans un sens universel, pour dsigner tous les hommes qui se réclament, bien sûr, du nom de Christ, c‘est-à-dire qui déclarent appartenir au Christ. Beaucoup d‘ entre eux reconnaissent Christ de façon visible par la confession ou la participation aux sacrements, alors que dans leur coeur ils le rejettent ou l’ignorent. Nous croyons donc qu‘ appartiennent à cette église tous ceux qui professent le nom du Christ. Ainsi, Judas faisait partie de 1‘église du Christ, comme tous ceux qui détournèrent leurs pas du Christ. En effet, les apôtres considraient que Judas ne faisait pas moins partie de l‘église du Christ que Pierre ou Jean, bien qu‘il n‘en fût pas du tout. Mais le Christ savait lesquels lui appartenaient, et qui était au diable. Cette église visible, bien qu‘elle ne se rassemble pas en ce monde, comprend tous ceux qui confessent le Christ, même si beaucoup d‘entre eux sont réprouvés. Le Christ l‘a dépeinte dans la belle parabole des vierges, dont une partie était sage, l‘autre insensée. On l’ap­pelle aussi parfois élue‚ bien qu‘elle ne soit pas cette première église qui est sans tache. Néanmois, de même qu‘elle est, au jugement des hommes, l‘église de Dieu, à cause de sa confession visible, on la nomme, pour la même raison, élue. Nous jugeons en effet fidèles et élus ceux qui déclarent appartenir au Christ. Pierre a dit Aux élus dis­persés à travers le Pont … etc. Par élus‚ il entend là tous ceux qui appartiennent aux églises auxquelles il écrit, et pas seulement ceux que, au sens propre, le Seigneur a élus. Pierre ne les connaissait pas, il n‘aurait, par conséquent, pas pu leur écrire.

16 On emploie, enfin, le mot église pour designer tout groupe mefit particulier de cette église universelle et visible, telle 1‘église de Rome, d‘Augsbourg, de Lyon. Il y a, également, d‘autres sens au mot d’église, qu‘il n‘y a pas lieu d‘énumérer ici. Sur ce point, je crois qu‘il n‘existe qu‘une église. Elle comprend ceux qui ont le même Esprit, et cet Esprit les rend certains d‘être les vrais fils de la famille de Dieu. Elle est les prémices des églises. Je crois qu‘elle ne peut pas se tromper sur la vérité, c‘est-à-dire sur ces premiers fondements de la foi, qui en sont les pivots. Je crois qu‘il n‘existe également qu‘une église universelle visibie, tant qu‘ elle conserve cette véritabie con­fession dont nous avons déjà parlé.

17 Je crois encore que font partie de cette église tous ceux qui déclarent lui appartenir, selon la prescription et la promesse de la parole de Dieu. Je crois que les enfants Isaac, Jacob, Judas. et tous ceux qui descendaient d‘Abraham, comme les enfants dont les parents avaient, aux origines de 1‘église, par la prédication des apôtres, embrassé le parti du Christ, appartiennent à cette église. Car, si Isaac et les autres anciens n‘en avaient pas fait partie. ils n‘auraient pas reçu la marque de 1‘église. Puisqu‘ils faisaient partie de l‘église, en font partie également les enfants et les tout-petits de l‘église pri­mitive. C‘est pourquoi je crois et je sais qu‘ils ont été marqués d‘un signe par le sacrement du baptême. Même les enfants, en effet, professent quand ils sont offerts l‘églse par leurs parents, ou plutôt quand ils lui par la promesse, qui n‘est pas devenue moindre pour nos enfants, mais beaucoup plus large et généreuse qu‘elle n‘était autrefois pour les enfants des Hébreux. Contre ces arguments fondamentaux pour le baptême et la remise des enfants à l‘église, les traits et artifices des catabaptistes n‘ont aucune force. Car doivent recevoir le baptême pas seulement ceux qui croient, mais aussi ceux qui professent, ceux qui appartiennent l‘église selon les promesses de la parole de Dieu. Autrement, en effet, absolument personne, même parmi les apôtres, ne baptiserait qui que ce soit, puisqu‘à aucun des apôtres, la foi de ceux qui professent et déclarent appartenir à l‘église n‘apparaît de façon sûre. Simon le Magicien, Ananias, Judas même (et comment n‘en serait-il pas ainsi?) ont été baptisés, parce qu‘ils ont déclaré cette appartenance, sans pourtant avoir la foi. En revanche Isaac a été circoncis dans son enfance, alors qu‘il n‘avait pas déclaré son appartenance, ni ne croyait. Mais la promesse déclarait son appartenance. Or, comme nos enfants sont dans la situation de ceux des Hébreux, la promesse reçue par notre église déclare leur appartenance et fait profession. Donc, le baptême, tout comme la circoncion (mais nous parlons du sacrement du baptême), ne requiert que l‘une ou l‘autre de ces conditions: soit la con­fession, ou déclaration d‘appartenance, soit le pacte, ou promesse. Ce qui suit va rendre tout cela un peu plus clair.

7.

18 Je crois, et même je sais que les sacrements, bien loin de conférer la grâce, ne l’apportent même pas ni ne la dispensent. Sur ce point je pourrai te sembler peut-être audacieux, très puissant César. Mais il s‘agit d‘un avis irrévocable. L‘Esprit divin fait et donne la grâce (parlant latin, j‘utilise le mot de grâce pour pardon, indulgence et bienfait gratuit). De même, ce don parvient au seul esprit. Or l‘Esprit n‘a besoin ni d‘un conducteur ni d‘ un véhicule, car lui-même est la force et l‘élan qui portent tout, et il n‘a pas besoin qu‘on le porte. Nous ne lisons jamais dans les Écritures saintes que des éléments sensibles, comme les sacrements, portent à coup sûr l‘Esprit avec eux. Si jamais des éléments sensibles ont été portés avec l‘Esprit, le porteur fut alors l‘Esprit, non les éléments sensibles. Ainsi, en même temps que survenait un vent impétueux, sa puissance portait des langues qui apportait le vent. Le vent apportait des cailles et em­portait les sauterelles; mais aucune caille ou sauterelle n‘avait un vol assez rapide pour apporter le vent. Et quand un souffle de vent si grand qu‘il pouvait même soulever les montagnes passa devant Elie, le Seigneur ne se trouvait pourtant pas porté dans ce souffle etc. Bref, l‘Esprit souffle où il veut, de même que le vent souffle au gré de sa nature. Tu entends son bruit, mais ne sais d’où il s’est levé ni où il se repose. Il en va ainsi de tout homme qui naît de 1‘Esprit est éclaré et attirà de façon invisible et imperceptible à nos sens. Voilà ce qu‘a dit la Vérité. Cette boisson, cette onction n‘apportent donc pas la grâce de l‘Esprit. Dans ce cas, on saurait comment l‘Esprit est porté, où il se trouve, vers où et vers quoi il se dirige. Si, en effet, la présence et l‘efficacité de la grâce se trouvent liées aux sacrements, alors là où on les apporte, ils agissent; là où ils ne sont pas administrés, tout se dessèche.

19 Les théologiens ne peuvent en appeler à la matière, ou substrat, en en réclamant la disposition préalable. En effet, disent-ils la grâce du baptême ou de l‘eucharistie est conférée à celui qui s‘y prépare d‘avance. Or, celui qui, selon eux, reçoit cette grâce qui passe par les sacrements, ou bien s‘y prépare par lui-même, alors nous avons un pouvoir qui vient de nous, et on andantit la grâce prévenante. Si l‘Esprit le prépare à recevoir la grâce, je demande s‘il opère par le canal d‘un sacrement ou en dehors d‘un sacrement. S‘il le fait par l‘intermédiare d‘un sacrement, alors un sacrement prépare l‘homme un autre sacrement, et le processus ira ainsi jusqu’à l‘infini, puisque toujours un sacrement sera requis pour préparer un sacrement. Mais si nous sommes préparés à recevoir la grâce sacramentelle sans sacrement, alors l‘Esprit, par sa bonté, est là avant le sacrement et, de mâme, la grâce a été faite et est présente avant qu‘un sacrement soit apporté. On en tire cette conclusion (que j‘admets sans réserve en ce qui concerne les sacrements): les sacrements sont donnés en témoignage public de cette grâce antrieure­ment présente en chacun en particulier.

20 Ainsi, on donne le baptême devant l‘ég1ise à celui qui, avant de le recevoir, a confessé la religion du Christ ou qui a reçu la parole de promesse, par laquelle on sait qu‘il appartient à l‘église. De là vient que, lorsque nous baptisons un adulte, nous lui demandons s‘il croit. S‘il répond: oui‚ il reçoit alors le baptême. La foi était donc présent avant la réception du baptême; en conséquence, le baptême ne donne pas la foi. Si on présente un enfant, on demande aux parents s‘ils le présentent pour être baptisé, et quand ils ont répondu, par des témoins, qu‘ils veulent qu‘il soit baptisé, alors on baptise l‘enfant. En ce cas, a précédé la promesse de Dieu, selon laquelle il ne considère pas comme faisant moins partie de l‘église nos enfants que ceux des Hébreux. En ef­fet, quand des personnes de l‘église présentent un enfant. on le baptise au nom de ce pacte selon lequel la promesse divine le considère comme faisant partie du nombre des membres de l‘église, puisque né de chrétiens. Ainsi, par le baptême, l‘église reçoit publiquement celui qui a été reçu auparavant par la grâce, et qui témoigne à l‘église que la grâce a été faite à celui qui il est donné.

21 Je crois donc, ô César, que le sacrement est le signe d‘une chose sacrée, c‘est-à-dire de la grâce déjà faite. Je crois que, de cette grâce invisible, videmment faite et accordée par un don de Dieu, il est une figure, ou forme, visible, c‘ est-à-dire: un exemple visible, qui offre pourtant aux regards en quelque sorte une analogie de l‘action accomplie par I‘Esprit. Je crois qu‘ il est un témoignage public. Ainsi, quand nous sommes bapti­sés, un élément très pur lave notre corps. Par là, est signifié que la grâce de la divine bonté nous a admis dans l‘ assemblée de l‘délise et du peuple de Dieu, où il nous faut mener une vie limpide et pure. Paul présente ainsi le sacrement en Rm 6. Celui qui reçoit le baptême témoigne de son appartenance à l‘église de Dieu, qui honore son Seigneur par l‘intégrité de sa foi et la sincérité de sa vie. Pour cette raison, on doit religieusement pratiquer les sacrements, qui sont des cérémonies sacrées (car la parole s‘ajoute it à l’élément et le sacrement se produit). Autrement dit, on doit les tenir en grand prix et les administrer avec respect. En effet, s‘ils ne peuvent pas produire la grâce, ils nous associent pourtant de façon visible à l‘église en laquelle nous avons été reçus auparavant de façon invisible, ce que l‘on annonce et promulgue, lors de leur célébration, en disant les paroles de la promesse divine, et ce qu‘il faut considérer avec la plus grande piété.

22 Avoir autre avis sur les sacrements, et penser que leur application extrieure purifie in­trieurement, nous fait retourner au judaïsme, qui croyait que des onctions diverses, des parfums, des offrandes, des victimes et des repas sacrés permettaient d‘expier les crimes, comme si on achetait et on acquerrait pour le groupe la grâce. Pourtant les prophtes, surtout Esaïe et Jérémie, ont toujours critiqué avec la plus grande fermeté cette attitude, en enseignant que Dieu accorde ses promesses et ses bienfaits par libéra­lité, et non en considdration des mérites ou des cérémonies extérieures. Je crois aussi que les catabaptistes, en rejetant le baptême pour les enfants des fidèles, se trompent du tout au tout, et pas seulement sur ce point, mais sur bien d‘autres dont il n‘y a pas lieu de parler. Pour protéger de leur folie ou de leur malignité, j‘ai le premier, non sans risque, enseignéet écrit contre eux, fort de l‘aide de Dieu, de sorte qu‘aujourd‘hui, par sa bonté, cette peste a largement disparu de chez nous, tant s‘en faut que j‘aie accepté, enseigné ou défendu quoi que ce soit de cette faction séditieuse!

8.

23 Je crois que dans le repas sacré de l‘eucharistie (ce qui signifie action de grâces)‘ le vrai corps du Christ est présent par la contemplation de la foi. Autrement dit, ceux qui rendent grâce au Seigneur pour le bienfait qu‘il nous a accordé en son Fils reconnaissent qu‘il a assumé une vraie chair, a vraiment souffert en elle, a vraiment lavé nos péchés par son sang. Ainsi tout ce que le Christ a accompli leur devient comme présent par la contemplation de la foi. Par contre, nous nions que le corps du Christ, en son essence et réellement, que le corps naturel lui-même, soit, dans la cène, présent ou mangé de notre bouche et de nos dents, comme le prétendent les papistes et certains qui regardent aux marmites d’Egypte. Nous affirmons avec fermeté qu‘il s‘agit là d‘une erreur qui s‘oppose la parole de Dieu. Je vais, César, avec l‘aide de Dieu, en peu de mots, rendre à ta Majesté ce point aussi clair que le soleil. Je le ferai d‘abord, en présentant des paroles divines; puis, me servant des arguments qui en découlent comme de machines de guerre, en marchant contre mes adversaires; enfin en montrant que les théologiens d‘ autrefois ont de notre avis. Toi cependant, Esprit créateur, sois présent et éclaire l‘intelligence des tiens. Remplis dc grâce et de 1umière les coeurs que tu as crées!

24 Le Christ, voix et sagesse de la Divinité, a dit : vous aurez toujours les pauvres avec vous, mais moi, vous ne m‘aurez pas toujours. Cette parole nie seulement la présence corporelle; car, selon sa divinité, il demeure toujours là, parce qu‘ il demeure toujours partout, conformément à son autre parole: Je serai avec vous jusqu‘à la fin des siècles; il est présent selon sa divinité, sa puissance et sa bointé. Augustin pense comme nous. Nos adversaires ne peuvent pas a1léguer que l‘humanité du Christ se trouve partout où est sa divinité, et qu‘autrement on divise sa personne. Cette argumentation supprime la vraie humanité du Christ, puisque rien ne peut être partout que la Divinité. Que l’humanité soit en un seul lieu, et la divinité partout ne divise pas I‘unité de sa personne. De même, que le Fils ait assumé l‘humanité ne divise pas l‘unité de l‘essence. On pourrait même davantage diviser parl l‘unité de l‘essence, puisqu‘une seule personne a assumé la condition de créature, alors que les autres ne 1‘ont pas du tout assumée. On ne divise pas la personne en disant que l‘humanit se trouve en un seul lieu et la divinité partout. En effet, nous voyons dans la création, des corps placés en un lieu, dont la force et la puissance s‘étendent très loin. Par exemple, le soleil demeure en un seul lieu par son corps, et, cependant, sa puissance se rédpand au loin sur tout. L‘esprit de l‘homme s‘élève au-delà des étoiles et pénètre les régions inférieures; pourtant son corps réside en un seul lieu.

25 Le Christ dit encore : Voici je laisse le monde et je vais au Père. Ici, il emploie le mot de laisser‚ comme auparavant celui de avoir‚ ce qui permet d‘autant moins à nos ad­versaires de dire: nous ne l‘avons pas visible. En effet, parlant du retrait visible de son corps, il dit: Encore un peu, et vous ne me verrez plus, etc. On se nourrit d‘une illusion quand on prétend que son corps naturel se trouve présent, mais de manière invisible. Pourquoi, alors qu‘il se montre si souvent aux disciples après la résurrection, fuirait-il les regards, tout en étant là ? C‘est votre avantage, dit-il, que je m‘en aille. S‘il était là, nous n‘aurions pas avantage a ne pas le voir. En effet, chaque fois que son aspect troula ses disciples, il se montra lui-même ouvertement, pour qu‘aucun mal n‘atteigne ni leurs sens ni leur esprit. Touchez moi‚ dit-il et Ne craignez rien! C‘est moi, et: Marie, ne me touche pas, etc.

26 Au moment de partir, il a recommandé ses disciples son Père, en disant Je ne serai plus dans le mondekai ouk ti eimi én tô kosmô. Il utilise là le verbe substantif: je ne suis plus dans le monde‚ tout autant que dans ces mots : Ceci est mon corps, de sorte que nos adversaires, qui disent que le verbe substantif n‘accepte pas de sens figuré, ne peuvent non plus prétendre qu‘il en a un dans notre phrase. On n‘a, cependant, pas besoin de cet argument. Le texte, en effet, continue ainsi: Mais eux sont dans le monde. Cette antithèse montre clairement qu‘il n‘est pas dans le monde selon sa nature humaine, alors que les disciples y sont. Luc, pour nous faire savoir quand il part - et non, comme on l‘invente plutôt qu‘on ne le montre, quand il se rend invisible - dit: Voici que, pendant qu‘il les bénissait, il se sépara d‘eux et fut enlevé au ciel. Il ne dit pas il s‘évanouit‚ etc., ou il se rendit invisible. Marc dit à propos : Le Seigneur, après leur avoir parlé fut enlevé au ciel et il siège à la droite de Dieu. Il ne dit pas: Il resta ici, mais rendit son corps invisible. Luc dit encore, dans les Actes Après avoir ainsi parlé, sous leurs yeux, il fut soulevé et élevé; et une nuée le déroba leurs regards. Cette nuée, qui le recouvre, aurait été complètement inutile s‘il avait seulement fait disparaître son apparencc, en restant présent d‘une autre façon; et il n‘aurait pas été besoin qu‘il soit soulvé ou élevé. Au même chapitre: Ce Jesus qui vous a été enlevé pour le ciel viendra de la même manière que vous l‘avez vu aller au ciel. Qu‘y a-t-il de plus clair? Il vous a été enlevé, dit le texte donc, il ne demeure pas avec eux selon sa nature humaine, ni de façon visible, ni de faon invisible. Quand nous le verrons revenir de la manière dont il est parti, nous saurons qu‘il est là. En attendant, il siège, selon sa nature humaine, à la droite du Père, jusqu’à ce qu‘il revienne pourjuger les vivants et les morts.

27 Certains refusent de localiser le corps du Christ, et disent qu‘il ne se trouve pas dans un lieu. Qu‘ils considèrent combien ils vont ouvertement, quoique les yeux fermés, contre la vérité! Il a été dans une crèche, sur une coix, à Jérusalem (tandis que ses parents étaient en route), dans un tombeau, hors du tombeau. En effet, l‘ange dit: Il est ressuscité il n‘est pas ici. Voyez l‘endroit où on 1‘avait déposé. Et qu‘ ils entendent cette phrase qui les empêchera de dire que son corps se trouve partout: Jésus vint, alors que les portes étaient closes, et il se tint au milieu d‘eux. Qu‘ aurait-il eu besoin de venir, si son corps se trouve partout, de manière invisible? Il lui aurait suffi, non de venir, mais uniquement de se montrer, s‘il était là. Laissons de côté ces balivemes si artificielles, qui nous refusent la vérité de 1‘humanité du Christ et des textes sacrés!

28 Ces témoignages récusent la présence du corps du Christ en tout autre lieu qu‘au ciel, si 1‘on parle selon le canon, c‘est-à-dire autant que 1‘Ecriture nous éclaire sur le caractère et la propriété du corps assumé. Si loin que nous entraînent les antinomies, ils ne nous faut pourtant jamais tordre les représentations quelles qu‘elles soient, que nous nous faisons de la puissance de Dieu, jusqu‘au point de croire que Dieu agit à 1’encontre de sa parole. Ce serait de l‘impuissance, non de la puissance. Le Christ 1ui-même montre que nous ne mangeons pas de notre bouche son corps naturel, quand il dit aux Juifs qui discutent de 1‘idée d‘avoir à manger corporellement sa chair : La chair ne sert à rien. A rien, s‘il s‘agit de la manger naturellement, mais à beaucoup s‘il s‘agit de la manger spirituellement: car elle donne la vie. Ce qui est né de la chair est chair. et ce qui est né de l‘Esprit est esprit. Si nous mangeons le corps naturel du Christ de notre bouche, que deviendra cette chair mangée selon la nature, sinon de la chair? Et pour que l‘argument ne semble léger à personne, qu‘on entende la seconde partie de la phrase: Ce qui est né de l‘Esprit est esprit. Donc, ce qui est esprit est né de l‘Esprit. Si la chair du Christ apporte le salut à l‘âme, il a fallu la manger de façon spirituelle, non charnelle. Que l‘esprit soit engendré par l‘Esprit, non par une substance corporelle, comme nous en avons précédemment traité, concerne aussi la matire des sacrements. Paul signale que si autrefois il a connu le Christ selon la chair, désormais il ne le con­naît pas selon la chair.

29 Ces passages nous obligent à reconnaître qu’on ne doit pas prendre ces mots: Ceci est mon corps au sens probre, mais figuré de même que: Ceci est la Pâque. L’agneau, en effet, que l’on mange chaque année lors de la célébration de la fête, n’est pas le pas­sage, mais le signe qui figure le passage et la traversée accomplis autrefois. S’y ajoute qu’il s’agit d’une succession, car la cène à l’agneau, ce que signale le Christ en employant des mots semblables: la succession conserve en effet un même aspect. S’ajoute une même disposition de mots: et, c’est au moment où, dans le même repas, l’ancienne Pâque est déposée qu’une nouvelle action de grâces est instituée. S’ajoute la caractéristique de toutes les mnemosyna qui revendiequent pour elles le nom de ce qu’elles rappellent et commémorent. Ainsi, les Athéniens appelaient une fête seisach theian non qu’on remette les dettes chaque année; mais ils célébraient sans discontinuité ce que Solon avait fait autrefois, et ils rehaussaient cette célébration en lui donnant nom de la chose elle-même. Ainsi, on appelle corps et sang du Christ les symboles du vrai corps.

30 Deuxièmement: Suivent maintenant les arguments. De même qu’une substance spirituelle ne peut pas nourir le corps, une substance corporelle ne peut pas le faire pour l’âme. Si on mange le corps naturel du Christ, je demande s’il nourrit le corps ou l’âme. Il ne nourrit pas le corps et donc nourrit l’âme. S’il s’agit de l’âme, alors elle se nourrit de chair, et il ne serait pas vrai que l’esprit naisse seulement de l’Esprit. Je demande, en second lieu, ce qu’accomplit le corps du Christ en sa forme parfaitement naturelle. Si on répond la rémission des péchés, comme un parti l’affirme, les disciples ont alors obtenu la rémission des péchés dans la cène. Le Christ est donct mort en vain. Si ce repas octroie la vertu de la passion du Christ, comme ce même parti l’affirme, cette vertu de la passion et de la rédemption a alors été octroyée avant que d’être née. S‘il nourrit le corps en vue de sa résurrection, comme quelqu‘un d‘autre le soutient avec passablement d‘inculture, alors il soigne bien plus notre corps et le sou­lage de sa faiblesse. En fait, on doit comprendre autrement Irénée quand il dit que notre corps est nourri en vue de sa résurrection; il veut, en effet, montrer que l‘espoir de notre résurrection est assuré par la résurrection du Christ. Voilà un beau sens figuré!

31 Troisièmement, si le corps naturel du Christ a été offert aux disciples dans la cène, il s‘ensuit nécessairement qu‘ils l‘ont mangé tel qu‘il était, c’est-à-dire, alors, sujet à la souffrance. Ils ont donc mangé un corps vulnéraable, puisqu‘il n‘avait pas encore été glorifié. A ceux qui disent: Ils mangèrent le même corps, non pas en tant que sujet à la souffrance, mais tel qu‘il fut après la résurrection‚ nous objectons: il en résulte ou bien qu‘il a cru deux corps, un qui n‘aurait pas été encore glorifié, et un autre qui l’au­rait été bien qu‘un seul et même corps a été, dans le même temps, sujet et non sujet à la souffrance. Puisque sa mort lui inspirait tant d‘aversion, il aurait évidemment voulu ne pas souffrir, et aurait utilisé cette propriété de son corps qui lui permettait de ne pas sentir la douleur. Il n‘aurait pas véritablement souffert, mais aurait fait sembiant. Ces gladiateurs aveugles nous ramènent ainsi joliment Marcion! On pourrait, ô César, ac­cumuler mille arguments. Pour l‘instant nous nous contenterons de ceux-là.

32 Je vais prouver (ce sera la dernière partie de cet article) que les anciens ont été de notre avis, ca m‘ appuyant sur deux témoins parmi les plus importants.A propos de la première épître aux Corinthiens, Ambroise, commente la phrase: Vous annoncez la mort du Christ‚ etc. en ces termes: Ayant été libérés par la mort du Seigneur, nous figurons par un signe que nous nous souvenons de ce fait, en mangeant et en buvant la chair et le sang qui ont été offerts pour nous‚ etc. Ambroise parle de la nourriture et de la boisson de la cène et affirme que nous figurons par des signes les vrais éléments qui ont été donnés pour nous. Dans sa trentième homélie sur Jean, Augustin affirme que le corps du Christ, ressuscité des morts, se trouve obligatoirement en un seul lieu. Des exemplaires imprimés portent cet endroit: peut-être‚ au lieu de obligatoirement‚ à tort. En effet, chez le Maitre des Sentences et dans les décrets canoniques, où l‘on rapporte cette phrase d‘Augustin, on lit obligatoirement. On voit par là clairemcnt que les anciens n‘avaient pas du tout compris qu‘il s‘agissait de manger naturellement le corps du Christ, mais spirituellement, quels que soient les propos par lesquels que magni­fient la cène. Sachant, en effet, que le corps du Christ se trouve obligatoirement en un seul lieu, et qu‘il se situe à la droite de Dieu, ils ne l‘ont pas fait descendre pour le mettre à broyer sous les dents fétides des hommes.

33 Au chapitre du Contre Adimante, Augustin enseigne encore que ces trois phrases: Le sang est l‘âmececi est mon corpsla pierre était Christ ont étés symbolikôs, c‘est-à-dire, il l‘explique lui-même, en signe et de façon figure. Parmi beaucoup d‘autres réflexions, il en vient, enfin, à dire : Je peux aussi comprendre que cet ordre a été lié un signe: le Seigneur, en effet, n‘a pas hésité à dir : ‚Ceci est mon corps’‚ alors qu‘il donnait un signe de soll corps. Ainsi pense Augustin, et voici la clé qui nous rend accessibles tous les propos des anciens sur l‘eucharistie! On a appelé corps, dit-il, ce qui était seulement un signe du corps. Qu‘ils viennent maintenant nous condamner pour hérésie, ceux qui le voudront. Qu‘ils sachent seulement qu‘ils condamnent aussi, con­tre les décrets pontificaux, ces oeuvres qui sont le pilier des théologiens. Il en ressort, en effet, très clairement que les anciens, en accordant tant de place t l‘acte de manger le corps du Christ, ont toujours parlé en termes de symbole. Ils ont entendu que la manducation du sacrement ne pouvait purifier 1‘âme, mais seulement la foi en Dieu par Jésus-Christ, manducation spirituelle dont la manducation externe cst le symbole et l‘esquisse. De même que le pain soutient le corps, que le vin le vivifle et l‘égaie, de même le don que nous a fait Dieu de son fils affirme et assure l‘âme de sa miséricorde et il ranime notre esprit en éteignant par son sang les péchés qui le brûlaient. Nous nous contenterons ici de ces exemples, mais on pourrait compiler des livres entiers pour montrer et confirmer que les anciens sont de notre avis. Que personne ne se laisse influencer par un petit ouvrage, récemment édité sur l‘opinion des anciens, qu‘il s’en­gage, bien entendu, à défendre rhetôs. Sous peu, en effet, nous verrons la réfutation de notre très savant frère Oecolampade, qui a, depuis toujours, la tâche d‘attester l’opi­nion des anciens. Ce qui sur ce sujet peut être nécessaire à une présentation plus claire on la réfutation de nos adversaires, je pense que nous, qui avons cet avis, l‘avons exposé largement par de nombreux livres écrits à des personnes diverses.

9.

34 Je crois que l‘on peut tolérer par charité. jusqu‘à ce que la lumière brille de plus en plus, les cérémonies qui ne contredisent pas par leur caractère superstitieux à la foi ou à la parole de Dieu (bien que je ne sache pas s‘il s‘en trouve de telles). En même temps, je crois que par l‘autorité de cette même charité, quand on peut le faire sans grand heurt, il faut abolir les dites cérémonies, quelles que soient les protestations des infidèles. En effet, le Christ n‘a pas empêché Madeleine de répandre le parfum, bien que l‘avarice et l‘infidélité de Judas aient provoqué ses murmures rebelles. Je ne con­sidère, cependant, pas que les images prostituées au culte font partie de ces cérémo­nies. Elles sont du nombre des choses totalement incompatibles avec la parole de Dieu. Quant à celles que l‘on ne propose pas comme objet de culte et qui ne présentent pour l‘avenir aucun danger de culte, loi de les condamner, je reconnais que la peinture et la scuipture sont des dons de Dieu.

10.

35 Je crois que le ministre de la prophétie, ou de la prédication, est sacrosamt, au point d‘être, de toutes les fonctions, la plus hautement nécessaire. En effet, à parler selon le canon, ou la règle, nous voyons que la prédication extérieure des apôtres et des évangélistes ou évêques a, dans tous les peuples, précédé la foi, dont nous disons cependant qu‘on la reçoit du seul Esprit. Car nous voyons, hélas! pas mal de gens qui entendent bien la prédication extérieure de l‘-Evangile, mais ne croient pas, parce qu‘il se trouve que l‘Esprit manque. Partout où les prophètes ou prédicateurs de la Parole sont en­voyés, on a le signe de la grace de Dieu qui veut se faire connaitre ses élus de façon manifeste; ceux à qui ils sont refusés sont sous le signe de sa colère menaçante. On peut le conclure des prophètes, ou de l‘ exemple de Paul, qui a tantôt empêché d‘aller chez certains, tantôt appelé à le faire. Mais, pour sauvegarder lajustice publique, de nulle part les lois elles-mêmes et les magistrats ne peuvent recevoir une aide plus ef­ficace que du ministère de prophétie. Il ne sert, en effet, rien de prescrire le juste, sauf si ceux à qui on s‘ adresse ont de la considération pour lajustice et aiment l‘équité. Or les âmes y sont préparées par les prophètes en tant qu‘ils sont ministres, et par l‘Esprit en tant qu‘il guide soit le docteur, soit l‘ auditeur. Nous reconnaissons dans le peuple de Dieu ce genre de ministres qui éluquent, consolent, effraient, prennent soin, veillent selon à la foi; et aussi ce genre qui baptise, distribue dans la cène le corps et le sang du Seigneur (car nous aussi appelons ainsi, metônikôs‚ le pain de la cène et le vin consacré), qui visite les malades, qui nourrit bes mendiants avec bes biens et au nom de l‘église; enfin, ce genre qui lit, interprète, enseigne, afin de se former soi-même ou de former bes autres à dinger un jour les églises. Par contre, ce genre de ministre à mitres et à crosses, qui constitue une masse, et étôsion achthos aroures ne semble né que pour dévorer les fruits de 1‘église, nous le jugeons nothon et en tout point semblable dans le corps de l‘église aux plaies et aux bosses dans le corps humain.

11.

36 Je sais que le pouvoir des magistrats, légalement établi, n‘occupe pas inoins un poste venant de Dieu que le ministre de la prophétie. En effet, de même que le prophète est le ministre de la sagesse et de la bonté célestes parce qu‘il enseigne selon la foi et révèle au grand jour les erreurs, de même le magistrat est le ministre de la bonté et de la justice. De la bonté, en ce qu‘ il écoute les affaires des siens et en délibre avec foi et modération, à l‘instar de Dieu. De la justice, en ce qu‘il brise l‘audace des injustes et protège les innocents. Que le prince ait ces qualités, et j‘estime que sa conscience n‘a rien à ciaindre. Qu‘il en soit dépourvu, tout en se montrant redoutable et terrifiant, j‘estime que le fait d‘être légalement établi n‘absout, en aucune façon, sa conscience. Néanmoins. je crois en même temps que le chrétien doit obéir un tyran de ce genre, jusqu‘ à cette occasion favorable dont parle Paul : si tu peux devenir libre, profites-en plutôt. Je crois cependant que Dieu seul, et non un homme indique cette occasion, et qu‘il ne le fait pas du tout confusment, mais d‘une façon aussi claire que le rejet de Saül et la désignation de David pour successeur. Je suis totalement d‘accord avec Paul, en Rm 13, au sujet du paiement de l‘impôt et des taxes en échange de la protection.

12.

37 Je crois que la fiction du feu du purgatoire outrage autant la rédemption gratuite ac­corde par le Christ qu‘elle a rapporté d‘argent à ses auteurs. Car, s‘il faut nécessairement purifier par des supplices et des tourments les méfaits qui résultent de nos crimes, alors le Christ est mort en vain et on réduit la grâce à rien. Qu‘aurait-on pu concevoir de plus criminel dans le christianisme ? Quel Christ ont-ils, ces gens qui veulent qu‘on les appelle chrétiens et qui peuvent craindre ce feu - qui n‘est plus feu, mais fumée! Qu‘existent des enfers où, avec Ixion et Tantale, les infidèles, les réalcitrants et les rebelles sont punis à jamais, non seulement je le crois, mais je le sais. La Vérité, en effet, parlant du jugement universel, déclare qu‘après ce jugement, certains iront au feu éternel. Donc, après le jugement universel, il y aura un feu éternel. Les catabaptistes ne peuvent absolument pas prétendre, comme us l‘enseignent fautivement, que ce olam, c‘est-à-dire perpétuel‚ n‘est pas perpétuel et ne dure pas au-delà du jugement général. Dans ce passage, en effet, le Christ parle d‘un feu qui brûlera perpétuellement après le jugement et tourmentera le démon avec ses anges, avec les impies qui méprisent Dieu, avec les monstres qui oppriment la vérité par le mensonge, et ne subvien­nent pas, de leur coeur et de leur foi, aux besoins du prochain.

38 Voilà la présentation de ce que je crois, enseigne et défend fermement, non par mes oracles mais par ceux de la Parole de Dieu. Je promets de le faire, autant que Dieu le voudra, aussi longtemps qu’un souffle de vie animera mes membres, à moins que quelqu’un, se fondant sur les arrêts bien compris de la vraiment sainte Écriture, n’ex­pose et n’établisse quelque chose de différent, de façon aussi claire et simple que nous l’avons fait ici. Car il ne nous est aussi agréable et précieux qu’équitable et juste de soumettre nos avis aux textes sacrés et à l’église jugeant, d’après eux, selon l’Esprit. Nous aurions pu exposer le tout avec plus d’ampleur et d’abondance. Comme les circonstances ne le permettaient pas, nous nous sommes contentés de ces arguments, dont nous pensons qu’ils peuvent être bien sûr, facilement dénigrés - on le fait aujourd’hui couramment - mais non ruinés. Si toutefois quelqu’un s’y essaie, il ne s’en tirera pas impunément, car, le cas échéant, nous sortirons les armes qui nous restent encore. Pour l’instant, ce témoignage suffit.