bulletin 2/2014

La FEPS donne une voix aux Eglises soeurs

Par Lini Sutter-Ambühl, membre du Conseil de la FEPS, et Hella Hoppe, directrice du service de relations avec l’administration fédérale et chargée des questions économiques de la FEPS.

Etre présent, c’est garder les yeux ouverts. Par présence protestante, nous entendons un esprit ouvert et des sens en éveil, prêts à soutenir celles et ceux qui n’ont pas de voix. Par présence protestante, nous entendons aussi la mise en place d’un dialogue avec les responsables politiques de notre pays. La FEPS répond présente dans les deux cas.

Une présence protestante pour les chrétiennes et les chrétiens menacés

La FEPS entretient des liens étroits avec les Eglises protestantes du Proche-Orient. Au printemps 2013, le président du Conseil de la FEPS, Gottfried Locher, et le responsable des relations extérieures, Serge Fornerod, se sont ainsi rendus au Liban et en Egypte. Au Caire, ils ont rencontré les sénateurs égyptiens Ehab El Kharrat et Freddy Elbaiady. Depuis décembre 2012, les deux politiciens figuraient parmi les douze chrétiens membres de la Choura, le Conseil consultatif du Parlement de la République arabe d’Egypte (270 membres). Ehab El Kharrat présidait alors la Commission parlementaire des droits humains et Freddy Elbaiady était membre de la Commission des droits humains ainsi que de la Commission constitutionnelle.

Au terme de leur visite, les représentants de la FEPS ont invité les deux politiciens égyptiens à se rendre à Berne en 2013, afin qu’ils puissent informer en direct l’Assemblée des délégués de la FEPS, mais aussi le Conseil national et le Conseil des Etats, sur la situation dans cette Egypte bouleversée.

Par la suite, en juin 2013, l’Assemblée des délégués de la FEPS a adopté une résolution pour demander au Conseil fédéral de faire preuve, dans le cadre de la défense des droits humains, d’un engagement plus ferme en faveur des chrétiennes et des chrétiens victimes de discriminations, d’exclusions et de menaces. Cette résolution a été remise personnellement au conseiller fédéral Didier Burkhalter.

Durant l’été 2013, les événements se sont toutefois précipités en Egypte. Après de longues semaines de protestations violentes contre Mohammed Morsi, le premier président issu d’élections, ce dernier fut destitué de ses fonctions début juillet. Mi-juillet, le président intérimaire, Adli Mansour, dissolvait la Choura. MM. Elbaiady et El Kharrat avaient préalablement remis leur mandat en signe de protestation contre la politique de Morsi.

C’est donc sous le signe d’une actualité brûlante que les deux politiciens égyptiens sont venus en Suisse pour nous livrer des informations sur la situation politique du moment. La Constitution paraphée par Mohammed Morsi, et suspendue par la suite par l’armée, contenait des dispositions voulues par certaines forces islamistes afin de renforcer leur propre interprétation de l’islam, a expliqué M. Elbaiady ; ces dispositions prenaient notamment la forme d’omissions relatives au trafic d’êtres humains, aux mutilations des organes génitaux ou au préambule consacré à la liberté religieuse.

M. El Kharrat a insisté de son côté sur la nécessité impérative d’une réforme de la police. Les faibles salaires et la formation insuffisante des brigades antiémeutes, ainsi que l’emploi généralisé de la violence, parfois même jusqu’au niveau des juges et des procureurs, font apparaître peur et méfiance dans la population. Les émeutes de la place Tahrir ont fourni un exemple parlant des graves lacunes de communication entre la police et les manifestants, ainsi que de l’impuissance de la police à empêcher la violence.

La protection de la dignité et des droits des personnes menacées du fait de leur religion constituait un autre point fort des entretiens avec les deux politiciens égyptiens. Les chrétiennes et les chrétiens sont la cible d’attaques dans toutes les parties de leur pays ; les atteintes vont de discriminations et de tracasseries dans la vie quotidienne à la violence physique et au meurtre. Corrompue, la police n’est souvent d’aucun secours en cas d’urgence. L’arbitraire prévaut dans les prisons, où la torture est quotidienne. Les deux hommes arrivent cependant à une conclusion importante : tous, tant chrétiennes et chrétiens que musulmanes et musulmans, souffrent de cette situation.

Rencontrer les partis : une présence protestante publique

Les parlementaires suisses sont confrontés à une multitude de détails techniques et ne trouvent plus guère de temps à consacrer aux questionnements fondamentaux. Les membres du Conseil national et du Conseil des Etats sont donc nombreux à apprécier les apports que l’Eglise peut leur apporter sur certains sujets, au moyen par exemple d’analyses effectuées selon des critères théologiques et éthiques. Ces politiciennes et politiciens de milice savent reconnaître le soutien spécialisé et les efforts de sensibilisation des Eglises dans ces domaines.

Depuis l’automne 2013, la FEPS a ouvert le dialogue avec les présidences des partis politiques représentés sous la coupole. Le premier de ces échanges a eu lieu avec le PDC en octobre 2013 ; le deuxième est intervenu durant la session d’été 2014, avec le PS. Une rencontre avec l’UDC est à l’agenda pour la session d’automne 2014, alors que rendez-vous est actuellement pris avec le PLR. Ces rencontres réunissent le président/la présidente du parti, un membre du Conseil de la FEPS, une présidente ou un président de Conseil d’une Eglise membre de la FEPS et un délégué du Secrétariat. Le dialogue porte en priorité sur des sujets en rapport avec l’actualité politique ou des sujets qui tiennent à coeur à la FEPS.

Les sujets clés abordés durant les premiers entretiens étaient la dignité humaine dans la politique migratoire, le Proche-Orient et la liberté religieuse en sa qualité de droit humain fondamental, le début et la fin de la vie, ou les 500 ans de la Réforme. Les échanges ont également porté sur des questions de politique familiale et économique. Les rencontres seront répétées tous les 12 à 18 mois.