Pour ses vingt ans, la Conférence Femmes de la FEPS célèbre ses succès et aborde l’avenir avec détermination

Qu’il s’agisse de défendre la cause des femmes, de débattre du mariage pour tous ou de traiter la Cène selon des thèses féministes, depuis sa création voici vingt ans, la Conférence Femmes de la Fédération des Églises protestantes de Suisse FEPS aura bien fait progresser la théologie féministe et contribué à mettre en réseau les femmes d’Église. Passé et avenir ont été convoqués dans le cadre de son congrès anniversaire qui s’est tenu à Berne.
Nadja Rauscher

Septante femmes se sont retrouvées au centre du Bürenpark de Berne pour célébrer les vingt ans de la Conférence Femmes autour d’un repas festif. La rencontre intitulée « Stimuler, solliciter, se réjouir » a vu aussi des femmes pionnières et spécialistes servir, entre les plats, une nourriture spirituelle.

Roswitha Golder, première co-présidente de la Conférence Femmes, a rappelé les débuts du mouvement féministe. Issue d’une famille comptant cinq filles, elle a notamment évoqué ce qui l’avait elle-même motivée à prendre sa vie en main avec détermination et autonomie et à accepter son identité de femme. Elle a constaté un changement dans les mentalités en observant que les hommes s’étaient mis eux aussi à s’intéresser aux revendications féministes. Face à l’avenir, Roswitha Golder a appelé à ce que l’équité entre les genres soit repensée. « C’est ainsi que je rêve d’une Église et d’une société dans lesquelles personne n’est discriminé, ni en raison de son sexe, ni en raison de sa culture, pas plus qu’en raison de sa formation ou de sa position sociale. Tant que cette vision ne sera pas devenue réalité, la Conférence Femmes de la FEPS doit poursuivre son travail. Nos Églises, nos sœurs et la société civile ont besoin de nous. »

Pendant le repas toujours, Irène Gysel, pionnière du mouvement féministe dans les Églises, a évoqué pour sa part les débuts joyeux et combatifs de la fin des années 80. « Lors de grandes tables rondes, nous nous disputions avec passion avec des professeurs de théologie, qui le plus souvent ne voulaient encore rien savoir de la théologie féministe et qui racontaient des choses incroyables. »

Dans une poésie provocatrice, Corinne Dobler, pasteure et poétesse slammeuse, a appelé la Femme à s’aimer et à se vivre. Elle a aussi demandé à ce que le dévouement des femmes soit mieux apprécié, tout comme les bienfaits de la terre.

Dame Helvétie a également présenté ses vœux, transmis par Maya Graf, conseillère nationale des Verts et co-présidente de l’Alliance F, qui revendique une plus grande présence des femmes au Parlement. « Les décisions prises de manière représentative sont plus durables, et depuis 40 ans, la parité devrait être une évidence. Or depuis quelques années, nous devons faire face à un retour en arrière », a-t-elle rapporté, s’assurant le soutien de la Conférence Femmes.

Pour terminer, Judith Borter, directrice du bureau « genre et formation » de l’Église réformée de Bâle-Campagne, a partagé ses idées pour l’Église réformée du futur : à ses yeux, cette Église doit s’engager pour différents modèles de vie, en sortant du carcan des générations ou des différents milieux et en trouvant une voie médiane entre origine, tradition et nouvelles organisations de vie. « Plus concentrée, mais avec aussi un peu plus de légèreté », a poursuivi la directrice, en appelant de ses vœux une Église qui soit une demeure et qui communique désormais sur ses contenus. « Ce que nous élaborons ici ne doit pas tomber aux oubliettes », a-t-elle averti, en ajoutant que la bataille pour les postes directeurs se poursuivait jusque dans l’Église évangélique réformée de Suisse EERS.

En vingt ans, la Conférence Femmes n’a pas seulement permis que le principe de l’égalité soit inscrit dans la future constitution de l’EERS, elle a aussi contribué à augmenter le taux des femmes dans les organes ecclésiaux. Gottfried Locher, Président du Conseil de la FEPS, a donc tenu à remercier les femmes pour leur grand engagement. « L’égalité ne s’est pas imposée d’elle-même. La Conférence Femmes a imprimé sa marque à la Fédération des Églises. » Pour lui, impossible de concevoir une Église sans femmes. Il a mentionné la mission de la future EERS : « Notre mission, proclamer l’Évangile de Jésus-Christ en paroles et en actes, est aussi votre mission. Que peut faire la Conférence Femmes à cet égard ? »

Dorothea Forster et Adelheid Heeb ont démissionné du comité. Sabine Scheuter a remercié Adelheid Heeb, une « femme de la base au meilleur sens du terme », qui a toujours agi en précurseur, avec courage et avec un esprit critique. Dorothea Forster a contribué au resserrement des liens entre la Conférence Femmes et les Femmes protestantes en Suisse FPS. Depuis l’été 2019, Gabriela Allemann, présidente des FPS et pasteure bernoise, a rejoint le Comité.

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